Au Centre : Hantaï

De Ligne en ligne n°11 - Avril à septembre 2013

8 au Centre Cette exposition, cela faisait longtemps que les directeurs successifs du Musée national d’art moderne (Mnam), Dominique Bozo d’abord, Alfred Pacquement ensuite, la souhaitaient. Dès le début, les liens tissés entre l’artiste et l’institution ont été très étroits. En 1976, avant même l’inauguration du Centre Pompidou, le musée, alors installé au Palais de Tokyo, avait organisé une importante exposition. Mais par la suite le peintre s’était volontairement coupé du monde de l’art et il résistait, il refusait l’idée d’une rétrospective. Comme si le temps n’était pas encore venu. Pour la réaliser, Dominique Fourcade, Isabelle Monod- Fontaine et Alfred Pacquement, trois grands amateurs de l’oeuvre d’Hantaï, se sont associés. « Personne au fond n’a jamais vu cette oeuvre dans sa globalité » souligne Alfred Pacquement. La tentation surréaliste L’exposition suit un parcours chronologique et isole deux grandes périodes, à l’intérieur desquelles existe bien sûr une grande diversité. En 1949, Hantaï quitte la Hongrie tombée sous la tutelle soviétique et arrive à Paris. Il y rencontre André Breton et côtoie l’avant-garde surréaliste. Sa peinture s’inscrit alors dans cette veine. Hantaï peint des créatures fantastiques, des formes organiques. Il expérimente des techniques variées – collage, frottage, graffiti – et emploie des matériaux hétéroclites – os et arrêtes, journaux… La découverte du travail de Jackson Pollock l’entraîne vers d’autres expérimentations, sa peinture devient plus gestuelle, calligraphique avec des tableaux d’écriture. Entre 1958 et 1959, Hantaï peint deux immenses toiles: Écriture rose et À Galla Placidia. Pendant près d’une année, il travaille le matin sur l’une, l’après-midi sur l’autre. Ces oeuvres n’avaient jamais été réunies jusqu’à présent. « C’est d’ailleurs extrêmement tardivement qu’elles ont été révélées » souligne Alfred Pacquement. Il faut attendre respectivement 1976 et 1998 pour qu’Hantaï les dévoile. Tel un scribe ou un copiste médiéval, Hantaï recouvre l’immense toile d’Écriture rose (3 m x 4 m) de textes bibliques et philosophiques (Saint Augustin, Hegel, Heidegger). Sur la surface apparaissent des signes: une étoile de David, une croix grecque et une tache, trace selon certains du geste de Luther lançant son encrier sur Satan. La toile de À Galla Placidia, immense elle aussi, est couverte de petites traces, de touches grattées répétitives, sorte de « all-over ». Sous celles-ci apparaît une immense croix. Avec leurs inscriptions mystiques, ces deux toiles représentent l’aboutissement de la première phase de l’oeuvre. « Et puis ça bascule dans le pliage, dans ce travail à la fois de la surface et de la couleur qui est exceptionnel » annonce Alfred Pacquement. « Le pliage comme méthode » Le pliage, Hantaï l’avait déjà expérimenté dans certaines oeuvres surréalistes du début des années 1950. Mais à partir de 1960 et jusqu’en 1982 commence « le pliage comme méthode » selon le titre d’une de ses expositions. Huit séries vont se succéder, correspondant à huit manières différentes de plier, Mariales, Catamurons, Panses, Meuns, Études, Aquarelles, Blancs, Tabulas. Pliage, froissage, nouage et dépliage remplacent les gestes traditionnels du peintre. Comprimée, la toile vierge ou déjà colorée devient un volume qu’Hantaï recouvre de peinture. Celle-ci ne se dépose que sur les surfaces accessibles, de façon aléatoire. Et il faut encore déplier pour que l’oeuvre se dévoile avec ses éclats de couleurs et ses blancs en réserve. La méthode, neutre, répétitive, presque mécanique doit évacuer la subjectivité. Le hasard doit l’emporter sur l’intention. Simon Hantaï. Le nom vous évoque peut-être l’image d’une peinture faite de plis et d’éclatements colorés, guère plus. C’est normal. Le peintre, né en 1922 et mort en 2008, considéré comme un artiste majeur pour sa génération, avait choisi à partir des années 1980 de ne plus exposer. Il n’était sorti de cette réserve qu’à de très rares exceptions. Sa rétrospective au Centre Pompidou est donc un événement qui permet, en déployant l’oeuvre, de redécouvrir cet artiste trop rare. Exposition Simon Hantaï du 22 mai au 9 septembre Centre Pompidou Galerie 1, niveau 6 au Centre: Simon Hantaï HANTAÏ UNE VIE DANS LES PLIS


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