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Chronique
Appartient au dossier :

La Chambre d'Echo(s) #8 : Serge Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson (1971)

Certains albums semblent de véritables astres autour desquels gravitent la vie et la carrière de leurs auteurs. Ils ont en commun l'attrait risqué des expériences hors normes, et d'y avoir entraîné la postérité, élargissant le spectre de la réception ordinaire d'un disque pop : ainsi de Bitches Brew (Miles Davis) ou "Heroes" (David Bowie).

Histoire de Melody Nelson est de ceux-là.
histoire de melody nelson
A l'occasion des vingt-cinq ans de la disparition de Serge Gainsbourg (1928-1991), la Chambre d'Echo(s) revient sur ce grand disque bref (28 minutes).

Tout au long des mois d'octobre et novembre 2016, retrouvez dans l'Espace Musique (niveau 3 de la bibliothèque) l'album en édition vinyle, les partitions, ainsi qu'une importante sélection documentaire des écrits sur et de Serge Gainsbourg (782.6 GAIN).

Serge Gainsbourg, Melody (extrait)

La chanson : un "art mineur", parfois difficile...


Echec commercial programmé à sa sortie (30 000 exemplaires vendus), devenu le classique pop le plus influent de la chanson française, revendiqué par des artistes comme Beck, Air ou De la Soul, les 28 minutes de cet album-concept concentrent également toutes les contradictions de son auteur : "disque difficile", avouera-t-il notamment dans la foulée d'une de ses sorties sur la chanson comme "art mineur".

Audaces et introspection


Disque difficile, donc ambitieux, avec ses durées insolites (les 7 minutes de Melody et Cargo Culte, dictées par la symbolique du chiffre sept), ses volutes orchestrales arrangées par Jean-Claude Vannier (auteur en 1972 d'un Enfant assassin des mouches annonçant La Planète Sauvage de Laloux, Topor et du complice des premières années de Gainsbourg Alain Goraguer), ses grooves tendus comme des élastiques. Son "talk-over" (parlé-chanté) au scalpel, à l'innombrable descendance.

Disque personnel et introspectif, d'amour et de mort, où Gainsbourg met en scène sa rencontre avec Jane Birkin, dont chaque apparition vocale fait vaciller le narrateur et sa musique.



"Symphonie de poche" à la manière anglo-saxonne (Beach Boys, Zombies) ; Lolita androgyne (le roman éponyme de Nabokov faisant explicitement partie des références de Gainsbourg) promise à un destin funeste parsemé d'accidents, l'un "heureux" (à vélo !), l'autre fatal (en avion...), en passant par les cascades hilares d'En Melody.

Album-charnière dans la carrière de Serge Gainsbourg, succèdant aux florissants hits sixties (Bonnie & Clyde, Initials B.B., Je t'aime moi non plus), premier d'une trilogie aventureuse (avec L'Homme à Tête de Chou, 1976, et Aux armes et caetera, 1979), Histoire de Melody Nelson respire aussi le son d'une époque, celle de l'après-1968, où la "chanson à texte" à la française troque ses lettres de noblesse pour l'air que font souffler jazz, folk, rock et poésie libres : des années "où l'on a envie de ne rien faire", selon la devise de Salvador Dalí reprise par Saravah, l'enseigne créée par Pierre Barouh en 1966.
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