0   Commentaires
Article

Musique, air de jeu : play, replay & tricks*

Avec les sons d'un instrument, des musiciens "jouent". De même joue-t-on une partition, un disque, une playlist...

Aujourd'hui, si le paradigme du jeu a été capturé par une certaine industrie (au point que "jeu" tende parfois à se confondre avec "jeu video"), il a aussi donné lieu à toutes sortes de détournements. Des artistes alternatifs comme Foci+Loci ou The Cheat Code (présents à la Bpi les samedis 18 et 25 avril) reconduisent les gestes Dada ou celui de Cage et Duchamp pluggant la partie d'échecs qu'ils disputent à une composition musicale aléatoire.

En écho aux manifestations du Nouveau Festival du Centre-Pompidou et, à la Bpi, de Press Start, placées sous le signe du jeu, courte sélection de documents sur ce thème en musiques.  
/files/live/sites/SiteInstitutionnel/files/Images/Agenda/Evenements/Press%20Start%202015/foci_loci_marjorie_becker.jpg
Foci+Loci, game play (photogr. Marjorie Becker)
Longtemps, l'art occidental s'est confondu avec ses oeuvres. Objets de contemplation, de collection et de représentation, ces oeuvres étaient conçues pour survivre au monde dont elles provenaient et le transcender.

Les avant-gardes du vingtième siècle ont contesté cette finalité. On dit qu'elles ont remis l'art dans la vie, fait de l'art quelque chose "qui rend la vie plus intéressante que l'art" - selon le mot de Robert Filliou.

Du dadaïsme à Fluxus en passant par les nouveaux réalistes et l'art conceptuel, elles ont mis entre parenthèse la nécessité de l'achèvement et réhabilité les situations, les processus, l'aléa, les expérimentations, l'ennui, l'improvisation, le jeu, les jeux.


Si elles ont donné naissance à des oeuvres innombrables, celles-ci n'ont plus le statut que leur conférait l'ordre ancien. Elles ne sont plus autonomes, elles sont vouées à être jouées et rejouées (et parfois déjouées) dans des systèmes symboliques qui ne sont plus fixes. 

"Manières de faire des mondes" (selon Nelson Goodman), c'est dans les domaines plastiques et littéraire, délivrés du poids de l'oeuvre "se suffisant à elle-même", que le changement a été le plus rapide et spectaculaire. L'immatérialité des formes musicales et l'adhérence aux enjeux esthétiques portés par l'idée d'oeuvre a, semble-t-il, écarté dans un premier temps l'art sonore de ces remises - pourtant thématisées comme telles dans de nombreuses partitions (de Debussy, Jeux, à Stockhausen, Spiel). Mais celles-ci ont bien lieu, que cela soit sous l'impulsion de plasticiens comme Duchamp ou Klein, ou de musiciens souvent issus de traditions étrangères à l'idée d'oeuvre autonome : jazz et improvisation (Braxton, Zorn) ; musique expérimentale (John Cage, Yoko Ono) ; pop music (Brian Eno) ; art sonore (Christian Marclay) ; scratching, sampling, platinisme (Dj Spooky)

La musique se donne spontanément comme un jeu. Mais c
ette relation immédiate se complique lorsque, comme au vingtième siècle, les règles changent.

(*) : jeu, tours et détours

 
Reunion : John Cage & Marcel Duchamp
Reunion: John Cage, Marcel Duchamp and Teeny Duchamp. Toronto, 1968 (photogr. Lynn Rosenthal, court. John Cage Trust)
 
Captcha: