0   Commentaires
Article
Appartient au dossier :

Les algorithmes écrivent pour les journalistes

Nouvelle forme de journalisme assistée par ordinateur, les robots journalistes rédigent déjà des dépêches, des brèves et des comptes-rendus de séances boursières, d’événements sportifs et de résultats électoraux. Leur capacité à traiter un grand volume de données statistiques peut être un atout pour les journalistes. De plus, les intelligences artificielles gagnent en autonomie au fur et à mesure qu'elles intègrent les données qu'elles ont été programmées pour sélectionner sur Internet. Elles peuvent ainsi produire des contenus informatifs de plus en plus précis sur des thématiques ciblées. Mais qu’en est-il de leur capacité à reproduire les techniques journalistiques ?
Damien Desbordes, journaliste et écrivain, a fait le point sur les enjeux soulevés par ces nouvelles formes de production de contenus, lors de la conférence “Quel avenir pour le travail. Perspectives et utopies ?” organisée à la Bpi le 11 juin 2018. 

Comment fonctionne un robot journaliste ?

Le robot journaliste est un algorithme de rédaction qui analyse un ensemble de données chiffrées et textuelles à la fois publiques et privées. Son utilisation actuelle est restreinte aux tâches journalistiques “routinières” : sélectionner, trier, hiérarchiser, synthétiser et diffuser des données statistiques. Il est programmé par des ingénieurs-linguistes pour traiter une grande quantité de données. Les données récupérées sont par la suite intégrées dans des “scénarios” d’écriture. Un robot journaliste produit des articles ou des descriptifs de manière automatique et factuelle avec un modèle de mise en forme fixe.    

L’origine du robot journaliste remonte au début des années 2000 dans les rédactions des journaux américains. Les journalistes commencent à exploiter des données statistiques et à les mettre à disposition du public. Ce sont les prémices du journalisme de données ou data journalism. Le traitement de ces données s’automatise ensuite avec l’apparition des robots. On parle alors de data to content ou de transformation de données en contenus.

Quakebot est le premier robot journaliste à produire un article en 2014 pour le Los Angeles Times en analysant des données sismiques envoyées par l’institut géologique américain. D’autres robots comme News Tracer, développé par l’agence de presse Reuters, détecte les fausses informations journalistiques sur les réseaux sociaux. Dans une autre mesure, le site d’information Click-O-Tron génère automatiquement des sujets et des titres selon les mots-clés qui sont recherchés en priorité sur les moteurs de recherche.

Apprendre les techniques journalistiques aux algorithmes

Le robot journaliste gagne progressivement en pertinence dans le traitement de l’information grâce aux données qu’il est programmé pour assimiler. De ce fait, il acquiert aussi davantage d’autonomie dans la recherche de données et dans l’écriture. C’est le machine learning ou l’apprentissage automatique. Le robot est alors optimisé pour la réalisation d’une tâche fixe dans un cadre défini. Par exemple, il peut être programmé pour analyser les occurrences sémantiques et les enchaînements linguistiques dans un ensemble d’articles.
Actuellement, le moteur de recherche Marlowe parvient à reproduire certaines tâches journalistiques comme la sélection et le recoupement d’informations pertinentes. Il fonctionne via deux logiciels : Tirésias et Prospéro. Le premier est programmé pour sélectionner des sujets sur des sites et des bases en fonction de leur niveau de controverse (le nucléaire, les OGM, le gaz de schiste…). Le deuxième travaille sur la sémantique des données en créant des liens et des comparaisons entre les sources d’information recueillies. Il structure automatiquement les données pour que Marlowe les interprète et rédige des contenus.

À long terme, les algorithmes de rédaction pourront permettre aux journalistes de se recentrer sur l’écriture de reportages et d’entretiens, des formes d’écriture qui impliquent davantage leur subjectivité. La production et la diffusion d’informations factuelles dans les domaines de la finance, de la politique et du sport pourra être automatisée pour libérer du temps éditorial aux journalistes. Aujourd’hui, les robots journalistes sont capables de reproduire les techniques de tri, de recherche et de sélection de l’information. Ils ne sont cependant pas suffisamment aboutis pour imiter le style d’écriture d’un journaliste ni ses capacités d’analyse, d’interview et de recoupement de l’information.

Captcha: