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Vinyle, Not Dead !

Sortez le disque de la pochette, posez le délicatement sur la platine, saisissez le bras de votre main droite et déposez-le minutieusement sur la galette qui tourne.
Il ne vous reste  plus qu’à vous installer confortablement et à écouter ce son incomparable tout en regardant la pochette.Bienvenue dans le monde du vinyle.

Un retour en force

Phénomène de mode, ou réel regain d’une pratique d’écoute différente ? Il est trop tôt pour le dire. Pourtant les faits sont là, les chiffres parlent. Avec une progression constante des ventes depuis six ans, la réouverture de boutiques et la création de nouveaux labels spécialisés, le vinyle se porte bien. Même s’il faut relativiser les chiffres par rapport à la totalité du marché, le vinyle attire, le vinyle plaît.
Longtemps réservé aux collectionneurs ou aux nostalgiques, il a retrouvé sa place dans les bacs. Aujourd’hui les vinyles représentent 70 à 80 % des ventes chez les disquaires indépendants. De fait, les enseignes spécialisées se multiplient, à Paris mais aussi en région. Ces boutiques ont même leur jour de fête avec le Disquaire Day. Elles ont su investir leurs quartiers respectifs, ont bien compris l’importance d’une présence sur Internet et  des réseaux sociaux pour attirer une clientèle jeune, créer des communautés fidèles.
Objet transgénérationnel, le vinyle attire aussi bien les quinquas nostalgiques que les digital natives, ces jeunes qui n’ont connu que le son numérique.
Largement supplanté par l’arrivée massive du CD dans les années 1980, le support vinyle survit d’abord dans les registres du hip-hop, du reggae et de l’électro.
Les groupes de la mouvance trip-hop comme Massive Attack ou Daft Punk remixent de vieux morceaux soul, funk et jazz qui suscitent la curiosité d’une nouvelle clientèle.
Et celle-ci cherche chez les disquaires les albums originaux. Aujourd’hui, c’est le pop-rock qui fait les beaux jours du vinyle.
Au palmarès des ventes, on retrouve l’incontournable Random Access Memories de Daft Punk, mais aussi beaucoup de groupes de rock indépendants comme Vampire Weekend, Mumford & Sons, Tame Impala ou The National.

Un support plébiscité par les artistes

Les artistes ont bien compris l’intérêt du format : huit sur dix proposent leurs nouveautés au format 33 tours.
L’un des précurseurs de cette tendance, Jack White, fondateur des White Stripes, avait proposé dès 2003 une version vinyle de l’album Elephant.
Selon lui, « on ne possède pas réellement un album tant qu’on ne l’achète pas en vinyle ».
La fin des réseaux de distribution, couplée aux stratégies commerciales agressives de variation des prix du CD, qui ont contribué à le réduire au rang de produit de consommation courante, incite de plus en plus d’artistes à demander une sortie vinyle.
Pour eux, ce support, même pressé en très petite quantité, permet de laisser une trace pérenne de leurs œuvres.

Une œuvre d’art

Ce qui attire dans le vinyle c’est le son, plus pur pour certains ; imparfait, mais plus vrai pour d’autres. Mais aussi la pochette. « Objet sensuel », « travail artistique » sont les mots les plus utilisés pour définir ce qui permet souvent de révéler l’univers d’un artiste. Un objet que l’on aime garder et regarder. Le vinyle, produit prestige, presque luxueux au vu de son prix, est aussi, reconnaissons-le, un nouveau produit marketing créé par les majors pour compenser la mort programmée du CD en surfant sur la tendance vintage.
Ce fétichisme ambiant ne doit pas éluder une possible nouvelle forme de communication et de partage de la musique.
Avec le vinyle, on peut parler d’une nouvelle approche musicale. On reprend le temps d’écouter de la musique.
bacs de disques vinyles
cc-by-fensterbme flickr

Des vinyles à la Bpi : faire vivre la musique sous toutes ses formes

La Bpi entend participer à cette revalorisation de l’écoute en proposant dans les bacs de l’espace Musiques une sélection de disques vinyles. Que vous soyez audiophiles ou simplement curieux, vous pourrez vous initier au plaisir de manipuler le disque noir et de l’entendre crépiter sous le diamant.
Outre l’objet insolite et rétro, l’attrait du vinyle est surtout qualitatif.
Le microsillon est capable de restituer les basses au-delà de ce que l’oreille humaine peut entendre et sa clarté dans les aigus est sans égale. Un son plus chaleureux, plus rond, plus de variations dans les notes, un format qui favorise une écoute attentive, une pochette et des textes qui permettent de plonger dans l’univers d’un artiste : l’écoute du vinyle est bien une pratique musicale active !

Les pratiques d’écoute changent, et se superposent. Pas d’incompatibilité à l’écoute d’une playlist en streaming sur son téléphone dans le métro et à celle d’un vinyle sur sa platine de salon.
Se faisant le reflet de cette tendance, la Bpi proposera ainsi un panorama des modes et formats d’écoute, du fichier dématérialisé au microsillon.
Dans les bacs, vous découvrirez les nouveautés de l’édition musicale, mais aussi des grands classiques qui ont fait l’âge d’or du vinyle.
Ce fonds fera la part belle, notamment, aux labels indépendants dont le militantisme et la persévérance ont permis la survie et la renaissance du support : Fargo Records, distributeur de rock américain, Born Bad Records, label de rock indépendant français qui publie également des rééditions d’artistes presque introuvables, Cooler Than Cucumbers, spécialisé dans le hip-hop et le rap alternatif… et bien d’autres !

Philippe Berger et Enora Oulch'en, Bpi

Article initialement publié dans de ligne en ligne n°13
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