0   Commentaires
Article

(Re)trouver sa voie dans la cité

« J’ai bien fait de venir, j’hésitais, mais je savais que je ne serais pas déçue », lance une jeune femme de vingt-cinq ans. Où sommes-nous ? À la Cité des métiers, à Paris. « Un outil » qui associe les compétences et l’expertise de différents organismes et associations pour répondre aux besoins de tous les publics en matière d’emploi et d’orientation.
Créée en 1993, la Cité des métiers est née de l’association d’une douzaine de partenaires de l'orientation, de l'insertion et de l'évolution professionnelle, parmi lesquels Pôle emploi, le Centre national d'enseignement à distance (Cned), le Centre des Études Supérieures Industrielles (Cesi), etc. Depuis, les partenariats se sont multipliés et ouverts à de nombreuses associations et institutions.

Informer

Rattachée à la bibliothèque de la Cité des sciences et de l'industrie, la Cité des métiers est d’abord un centre de ressources documentaires pour tous ceux qui sont concernés par des choix d’orientation, la recherche d’emploi, la reconversion, la formation, la création d’activité. Y viennent aussi bien les collégiens qui commencent à se poser des questions d’orientation que des retraités, à la recherche d’une activité offrant des revenus complémentaires. La salle de consultation propose un large choix de ressources. Quatre mille documents (ouvrages et revues) sont répartis en quatre thèmes : orientation, formation, emploi, création d’activité. Certains titres peuvent être empruntés. Des bornes multimédias permettent d’accéder à des cédéroms, des films, des sites internet. Celle intitulée «métiers sans diplômes» est l’une des plus consultées. La Cité des métiers propose ainsi des informations fiables qui permettent de s’orienter dans la complexité des dispositifs de formation, ou de connaître les évolutions du marché du travail. Si certaines ressources coûteuses ne font plus partie des collections, comme Xerfi, base d’études de marché sectorielles en France et à l'international, la Cité des métiers renvoie les demandes sur ses partenaires, notamment la Bpi. Toute la documentation est en libre accès mais certaines ressources spécifiques comme Transférence, un logiciel d’analyse et de transfert des compétences, sont utilisées uniquement lors d’entretiens avec un conseiller.
 
photographie de la Cité des métiers, Paris
© Universcience

Conseiller

C’est sans doute là l’originalité de la Cité des métiers par rapport à l’offre traditionnelle des bibliothèques qui, depuis des années maintenant, mettent à la disposition des demandeurs d’emploi un accès à internet, des logiciels de bureautique, des documents sur les formations, les métiers, les concours. À la Cité des métiers, chacun peut venir gratuitement, sans rendez-vous, et de façon anonyme, discuter avec un professionnel de l’un des cinq pôles : Choisir son orientation ; Trouver un emploi ; Changer sa vie professionnelle, évoluer, valider ses acquis ; Organiser son parcours professionnel et de formation et Créer son activité. Séverine, conseillère au pôle Changer sa vie professionnelle, rencontre fréquemment des personnes « qui savent qu’elles veulent changer, mais qui n’ont pas encore d’idée précise ». Il faut alors explorer avec elles les possibilités, co-construire le projet, car, explique-t-elle, « ce qui est difficile, c’est de rester seul dans sa réflexion ».
Mais, si le besoin d’un accompagnement continu est nécessaire, des partenaires extérieurs prennent le relais. La Cité des métiers a un rôle d’aiguillage, d’orientation. Les conseillers viennent de structures partenaires variées : Pôle emploi, OPACIF (Organisme Paritaire Agréé au titre du Congé Individuel de Formation), Afpa (Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes), etc. Cette diversité est un atout et les permanences en binôme, où chacun mène son propre entretien, permettent de bénéficier de manière informelle des connaissances de son collègue. Les conseillers s’appuient également sur les ressources documentaires disponibles à proximité, remettant par exemple aussitôt des ouvrages à une femme venue chercher des informations sur la fonction publique. L’accueil à la Cité des métiers ne part pas de l’offre (en emploi, en formations) mais de la personne, de son questionnement. Il n’y a pas d’évaluation des performances des acteurs de la Cité des métiers. L’objectif n’est pas une prescription. C’est un lieu ressource pour que les usagers avancent dans leurs questionnements et leurs projets.
 

En première ligne

De ces échanges avec le public, les conseillers retirent beaucoup d'informations. Ils sont souvent les premiers à voir émerger de nouveaux comportements ou à déceler de nouveaux besoins. Véronique, conseillère au pôle Organiser son parcours professionnel et de formation, rencontre ainsi de plus en plus de jeunes, déjà diplômés bac+5, qui ne trouvant pas de travail, sont prêts à s’engager dans une nouvelle formation. Elle constate également des demandes de plus en plus fréquentes venant de personnes migrantes – tout en se sentant désarmée pour y répondre. Le pôle Changer sa vie professionnelle, valider ses acquis est très sollicité. La réorientation est une étape quasi obligatoire de la vie professionnelle qu'elle soit motivée par le désir d’évoluer, de se rapprocher de ses centres d’intérêts, ou après un burn out, par exemple. Les demandes d’aides pour déterminer la faisabilité d’une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) sont nombreuses. De façon générale, les conseillers des cinq pôles observent que le public s’interroge de plus en plus sur le sens qu’il peut donner à son travail. Pour tenter d’apporter une réponse, un atelier-parcours, en sept séances, a été créé en partenariat avec l’Inetop-CNAM (Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle – Conservatoire national des arts et métiers). Encore expérimental, cet atelier-parcours qui demande une implication personnelle particulièrement importante s’inscrit dans une programmation riche et variée.
 
photographie de la cité des métiers, Paris
© Universcience

Pratiquer/s’exercer

«Partir à l’étranger au pair ou demi-pair », «Se préparer à la validation des acquis de son expérience», «Développer son étude de marché », ou encore «L’orientation, mon ado et moi»… ne sont que quelques exemples de ces ateliers, là encore gratuits. Ils sont animés par des associations partenaires spécialisées et peuvent parfois avoir lieu en dehors de la Cité des métiers. À la Bpi, par exemple, La Tortue bleue, qui rassemble des professionnels de la communication, propose de « Comprendre les règles de l’entreprise pour mieux présenter sa candidature », Théâtre Instant Présent cherche à «Cultiver la confiance et l’estime de soi par le théâtre pour (re)trouver un emploi». Conseillère à la Cité des métiers au pôle Trouver un emploi, Élisabeth constate les bienfaits de ces ateliers. Elle rapporte le témoignage d’une personne qui l’ayant suivi «pour la première fois, s’est amusée à un entretien d'embauche, parce qu’elle était détendue et avait retrouvé la capacité d’écouter ». Ancienne conseillère de Pôle emploi, Élisabeth insiste également sur la différence entre ces ateliers et ceux proposés par son administration d’origine. Sans remettre en cause la qualité du contenu de ces derniers, elle observe qu’ils ne sont pas reçus de la même manière par les participants : « Les ateliers proposés par Pôle emploi sont subis ; ici, les participants les choisissent et deviennent acteurs ». Il existe aussi des clubs, lieux d’échanges et d’entraide entre personnes de même situation. L’importance de créer ces communautés a été ressentie au moment même où le développement d’Internet laissait penser qu’il était devenu superflu de se déplacer pour trouver des informations. Face à une grande quantité de données, pas toujours pertinentes, et confrontées à des dispositifs de recherche d’emploi de plus en plus complexes, les personnes se retrouvaient souvent isolées, avec un réseau professionnel appauvri. Au contraire, les clubs permettent de tisser de nouvelles relations, de partager des compétences et des savoirs. Le plus récent «Avancer ensemble» a été créé à l’initiative d’utilisateurs de la Cité des métiers qui avaient déjà assisté à tous les ateliers.

 
Marie-Hélène Gatto et Catherine Revest, Bpi

Article paru initialement dans de ligne en ligne n°21
Captcha: