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Escale dans le Sud du Mexique, berceau du maïs

Le maïs est l'aliment central de la cuisine traditionnelle mexicaine, classée au patrimoine immatériel de l'humanité. S’il est présent dans des plats aussi délicieux que le pozole, le huarache ou les tamales accompagnés de huitlacoche, le maïs sert avant tout à la confection de l’aliment indispensable à tout repas : la tortilla. Élément culturel majeur, il permet une lecture de la société mexicaine dans son ensemble. La Bpi vous propose une escale dans le Sud du pays, berceau du maïs.
Chaque semaine durant la crise sanitaire, la Bibliothèque publique d’information fait escale dans des lieux différents pour découvrir un aspect de leur histoire, de leur organisation ou de leur patrimoine, accompagné d’une sélection de ressources à consulter en ligne et dès la réouverture de nos salles.

Création humaine

Le maïs n’existe pas à l’état naturel. Il y a plus de 9 000 ans, les populations mésoaméricaines modifient la génétique d’épis de téosinte dans la vallée de Tehuacán-Cuicatlán, où coule le fleuve Balsas. Cette domestication va de pair avec la construction de systèmes complexes d’irrigation. Très vite, des dizaines de variétés sont créées et cultivées sur tout le continent américain. Berceau de ces deux avancées techniques majeures et plus grande forêt de cactus de la planète, la vallée de Tehuacán-Cuicatlán est inscrite depuis 2018 au Patrimoine mondial de l'Humanité
 
Lorsqu'il débarque au début du 16e siècle, le conquistador espagnol Hernán Cortés note que Centeotl, dieu du maïs, occupe une place fondamentale dans la cosmogonie aztèque : les habitants de l’empire se nomment eux-mêmes « hijxs del maíz » (filles et fils du maïs).

Les trois sœurs

Depuis des millénaires, les Amérindiens utilisent la technique dite « des trois sœurs » (milpa ), qui s'apparente à la permaculture moderne : le maïs est toujours cultivé auprès du haricot (frijol) et de la courge (calabaza) sur une même surface. On y plante souvent aussi le piment (chile), la tomate verte (miltomate) et des herbes médicinales. Chaque espèce apporte éléments nutritifs et protection aux autres. 
 
Ce respect des écosystèmes est aussi à la base d'un solide modèle socio-économique. Aujourd'hui encore, les parcelles familiales des états du Sud du Mexique, bastion du monde amérindien et région la plus pauvre, produisent davantage que les plantations industrielles du Nord du pays qui ont recours au maïs transgénique. Cependant, depuis la signature des accords d’ALENA en 1994, le Mexique importe plus de la moitié de son maïs des États-Unis.
 
Famille dans la milpa, père avec fusil
Raymuno Gómez Solorzano, Ingeniero Ricardo Payro Jene, Campeche, Peter Lowe / CIMMYT, Flickr

Symbole de résistance 

Au Mexique, l’épi de maïs (mazorca) est le symbole de la lutte pour la terre, de l’autodétermination des peuples amérindiens et de la souveraineté nationale. En témoigne la célèbre photographie Faucille, cartouchière et épi de maïs (1928) de Tina Modotti. 
 
Dès la colonisation, les terres sont arrachées aux populations amérindiennes pour y développer des techniques agricoles aussi aberrantes que la monoculture de canne à sucre. Ainsi, en 1582, Cortés implante une hacienda sucrière dans le village de Anenecuilco (état de Morelos) où naîtra trois siècles plus tard le révolutionnaire Emiliano Zapata. Lors de la Révolution Mexicaine, en 1911, celui-ci fait voter son projet de loi de réforme agraire, le plan d’Ayala. En 1992, le président néolibéral Carlos Salinas de Gortari privatise les terres redistribuées quatre-vingts ans plus tôt. Le 1er janvier 1994, au cœur du Chiapas, l’armée zapatiste de libération nationale, bientôt suivie du Congreso nacional indígena (CNI), se soulève contre le gouvernement et les milices à la solde des grands propriétaires latifundiaires. Depuis une quinzaine d’années, ces organisations défendent également leurs milpas contre de puissants cartels de drogue.