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Autour d'Élisabeth Vigée Le Brun : femmes peintres au siècle des Lumières

L'exposition Élisabeth Vigée Le Brun, qui se tient au Grand Palais du 23 septembre 2015 au 11 janvier 2016, est la première rétrospective consacrée à l’ensemble de l’œuvre de l’artiste. Son talent fut à l’époque reconnu de façon unanime. Le fait d’être une femme artiste ne l’empêcha jamais de recueillir les suffrages de ses contemporains. Elle fut considérée comme une grande portraitiste de son temps à l'égal de Quentin de La Tour ou Jean-Baptiste Greuze. En cette fin du 18e siècle, elle participa à la véritable prise de conscience des femmes peintres qui revendiquèrent leur statut d’artiste.
 
 
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Louise Élisabeth Vigée Le Brun [Public domain], via Wikimedia Commons


« Peindre et vivre n’a jamais été qu’un seul et même mot pour moi » 

Née à Paris, Élisabeth Vigée, peintre français (1755-1842), est la fille du peintre Louis Vigée. Jeune élève de Doyen, de Vernet et de Greuze, tout Paris parle de son talent. Bientôt les "dames" de la Cour lui rendent visite dans son atelier du Palais Royal et lui passent commande. Elle épouse en 1775 un marchand de tableaux renommé, Jean-Baptiste Le Brun (ou Lebrun). En 1778, elle est présentée à la reine Marie-Antoinette et réalise son portrait destiné à l’impératrice Marie-Thérèse : c’est la gloire immédiate. Très vite, elle devient portraitiste attitrée et confidente de Marie-Antoinette.
Dès les premières rumeurs de la Révolution, Élisabeth Vigée Le Brun émigre à l’étranger. Son talent de portraitiste la fait appeler dans toutes les grandes cours d’Europe, en Italie d’abord puis en Autriche et en Russie. Revenue en France en 1809, elle n’y retrouve pas vraiment sa place : la société a changé, les goûts ont évolué. Après deux voyages en Suisse et en Angleterre, elle se retire à Louveciennes et rédige ses Souvenirs. Elle laisse 660 portraits et 200 tableaux de paysages.


Retrouvez l'analyse de deux célèbres portraits d'Élisabeth Vigée Le Brun :
le portrait de la duchesse de Polignac et le portrait de Marie-Antoinette et ses enfants.       

                                                                                         


« Leurs carnets de commandes étaient remplis, leurs tableaux se vendaient très cher, elles étaient admises dans les plus grandes académies de peinture »

Elles ont pour nom Élisabeth Vigée Le Brun, Adélaïde Labille-Guiard, Anne Vallayer-Coster, Gabrielle Capet, Marie Guillemine Leroulx-Delaville, Marguerite Gérard ou Constance Charpentier... Ces femmes artistes du 18e revendiquent une légitimité de créatrices, soutenue par la reine de France Marie-Antoinette, ce qui explique probablement pourquoi la deuxième partie du 18e constitue un âge d’or de la peinture des femmes ; cette période se traduit notamment par l’émergence des premiers autoportraits de femmes peintres à leur travail. Cette pratique n’est pas un phénomène isolé mais prend des proportions considérables sous la Révolution puisque plus de 60 autoportraits ou portraits de femmes peintres à leur travail, exécutés par des femmes, seront exposés dans les différents Salons.
Il n’est cependant rien resté de ce mouvement d’émancipation dont les bases avaient été posées dans les dernières années de l’Ancien Régime, "Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées", écrira Élisabeth Vigée Le Brun.



De l'ombre aux Lumières. La révolution identitaire des femmes peintres du 18e siècle / Marie-Jo Bonnet
De l’autoportrait féminin comme manifeste politique (18e-19e) / Marie-Jo Bonnet



La base Joconde recense 17 396 oeuvres d'artistes femmes qui ont fait carrière et marqué l'histoire de l'art grace à leur talent et leur détermination. Retrouvez-les en interrogeant la base, artiste par artiste, à travers la liste des Auteurs femmes.

 

Adélaïde Labille-Guiard [Public domain], via Wikimedia Commons
Adélaïde Labille-Guiard, autoportrait avec deux élèves

 

En 1878, le musée du Louvre déclinait l’offre d’un tableau qui est reconnu aujourd’hui comme l’un des grands portraits français de l’ère prérévolutionnaire :

"Autoportrait avec deux élèves" peint par Adélaïde Labille-Guiard, présenté et salué par la critique au Salon de 1785. Née et élevée à quelques rues de distance du Palais du Louvre, Labille-Guiard avait gravi les échelons du monde de l’art parisien pour devenir membre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture et obtenir le titre de Premier Peintre de Mesdames, les tantes du roi Louis XVI, avant de jouer un rôle actif dans les efforts infructueux déployés par l’Académie pour se réinventer en tant qu’institution de la nouvelle République française. Acquis par un industriel américain en 1918, l’autoportrait magistral de Labille-Guiard est à présent conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, où il figure dans l’accrochage permanent des collections de Peinture française du 18e siècle. Il est présent dans l'exposition Élisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais.





 

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