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Filmer l'art 3/4 : Le Mouvement

L'affiche de l'exposition Le Mouvement, des pellicules en noir et blanc
« Le Mouvement », Galerie Denise René, Paris, 1955
En 1955, l’exposition « Le Mouvement » marque les débuts de l’art cinétique. L'artiste américain Robert Breer et le commissaire de cette exposition fondatrice, Pontus Hulten, filment les œuvres de manière à rendre compte des expériences perceptives singulières que les artistes proposent aux spectateurs.
Comment le cinéma documentaire filme-t-il les arts plastiques ? Les frères Maysles, dont la Cinémathèque du documentaire organise une rétrospective au printemps 2019, se sont focalisés sur les installations de Christo et Jeanne Claude pendant cinq films. Balises explore d'autres propositions originales.
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En 1955, l’exposition « Le Mouvement » à la galerie parisienne Denise René réunit de jeunes artistes – Yaacov Agam, Pol Bury, Arne Jacobsen, Jesús-Rafael Soto, Jean Tinguely et Victor Vasarely – aux côtés de figures tutélaires de l’art comme Marcel Duchamp et Alexander Calder. En rupture radicale avec l’abstraction lyrique qui domine la scène artistique de l’après-guerre, il s’agit pour ces artistes de perturber la perception et les repères spatiaux du spectateur grâce à des dispositifs optiques.
Le Manifeste jaune, rédigé par Vasarely à cette occasion, analyse la perception des rapports entre couleur et forme et entre lumière et mouvement, afin de plaider pour un élargissement du langage artistique de la peinture et de la sculpture. Dès lors, les formes cinématographiques deviennent pour ces artistes une possibilité d’ouvrir l’art à de nouvelles expérimentations.
 
Pour rendre compte de ces expériences perceptives, Pontus Hulten, le commissaire de l’exposition, et l’artiste américain Robert Breer, réalisent un film qui documente de façon singulière les œuvres présentées. En raison de sa mobilité, la caméra permet de reproduire le mouvement déambulatoire du corps dans l’espace et de saisir les effets de dérèglements perceptifs provoqués par les œuvres.
Se distinguent alors différentes approches du mouvement. Certains objets évoluent dans l’espace grâce au déplacement de la caméra ; d’autres sont actionnés par un moteur ou bien par un visiteur. Dans les face-à-face avec les œuvres, des gros plans se concentrent par moments sur les formes abstraites et leurs effets optiques cadrés en dehors de leur contexte, permettant ainsi une expérience directe par le biais du cinéma. Le film constitue en ce sens une synthèse idéale de l’expérience de cette exposition qui marque le début de l’art cinétique. Elle sera suivie par de nombreuses autres dont « The Responsive Eye » au musée d’Art moderne de New York en 1965, filmée, quant à elle, par le cinéaste américain Brian De Palma.

Lydie Delahaye, docteure en Études cinématographiques
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