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Christine Carrier : "Mélanger les publics"

La directrice de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou à Paris détaille le grand chantier de rénovation de ses espaces qui doit démarrer en 2018 dans le cadre du nouveau projet d’établissement. Avec un symbole fort, le retour de son entrée principale sur la "piazza" de Beaubourg.
Portrait de Christine CarrierNommé le 4 mars à la tête du Centre Pompidou, Serge Lasvignes annonçait officiellement le 10 septembre le retour de l’accès à la Bibliothèque publique d’information par la "piazza", l’entrée principale de Beaubourg. Une décision hautement symbolique pour la BPI, engagée depuis 2010 dans un grand projet de rénovation de ses espaces et de ses services, qui aura nécessité temps, efforts et endurance pour se concrétiser. Le coup d’envoi des travaux, d’un montant prévisionnel de 12 millions d’euros, est prévu courant 2018 pour une réouverture en 2020. Christine Carrier, directrice de la BPI depuis juillet 2014, décrit pourLivres Hebdo les lignes de force de ce programme, initié par son prédécesseur, Patrick Bazin, et ses enjeux pour cet établissement né en 1977.
 
Livres Hebdo - Que représente la décision de restaurer l’entrée de la BPI par la piazza ?

Christine Carrier - Retrouver l’entrée normale du Centre Pompidou est très important et s’inscrit au cœur de notre projet. Depuis 2000, la BPI se trouvait dans une situation bizarre de dos à dos avec le Centre Pompidou. Si les visiteurs du musée voulaient aller à la bibliothèque, ils devaient ressortir et faire la queue devant l’entrée spécifique de la BPI, rue du Renard. Revenir à un accès commun va nous permettre de mélanger les publics et de repenser l’offre que nous présentons à l’entrée de la biblio-thèque. Ce sera un lieu où les gens se croiseront.
 
Quelles sont les idées-forces de ce projet ?
 
Il s’inscrit dans la continuité de celui initié par mon prédécesseur, Patrick Bazin, et que je me suis engagée à poursuivre. Il est important que la bibliothèque, qui a vu passer 1,5 million de visiteurs par an au cours des quinze dernières années, évolue dans ses services et dans ses espaces. Nous voulons revenir à notre mission de lecture publique, conserver le public actuel mais le diversifier. Nous allons garder des espaces dédiés à un usage académique de la bibliothèque mais en créer d’autres centrés sur la lecture-plaisir, et tester des nouveaux moyens d’accéder à la connaissance. Nous allons développer des collections et des offres pour différents publics cibles comme les adolescents et les jeunes adultes. Nous prévoyons de renforcer nos pôles d’excellence que sont la formation tout au long de la vie, le cinéma, en particulier documentaire, l’accès à l’actualité. Le projet est traversé par deux préoccupations transversales : le numérique et l’accessibilité.
 
Comment cela va-t-il se traduire concrètement dans les espaces ?
 
L’espace Nouvelle génération, que nous expérimentons déjà, abordera les sujets qui intéressent les jeunes, tels que la culture urbaine, les jeux, les séries télé, des nouvelles formes d’accès à la culture et à la littérature. Nous allons créer des espaces de médiation, qui nous manquent actuellement, et les rapprocher de nos collections que nous prévoyons de réorganiser. Nous allons proposer un espace dédié à l’actualité de l’édition et à la presse à côté d’un lieu d’exposition permanente et d’un auditorium qui sera une passerelle avec le Centre Pompidou. Nous allons remplacer les escalators intérieurs par un escalier et des ascenseurs, ce qui va nous permettre de récupérer de la surface.
 
Cette nouvelle organisation résoudra-t-elle les problèmes de la file d’attente et de la baisse de fréquentation enregistrée par la BPI depuis plusieurs années ?

La file d’attente n’est plus aussi importante que par le passé. On la voit surtout le dimanche et pendant les vacances scolaires, quand les bibliothèques universitaires sont fermées. Concernant la fréquentation, on constate en effet une légère érosion depuis quatre ou cinq ans. Mais cela s’explique en partie par le fait que nous sommes amenés à diminuer notre jauge à certains moments. Le public est devenu plus difficile à gérer que par le passé. Certains lecteurs se comportent de manière peu civique, ce qui entraîne des tensions, parfois vives. En fonction de l’ambiance, en particulier le week-end quand il y a beaucoup de monde, nous passons d’une capacité maximale de 2 134 personnes à 1900. Cela nous permet de préserver des conditions d’accueil plus calmes et plus agréables pour tout le monde. La BPI connaît une grande mixité des publics, et cela varie selon les heures, même si les étudiants, qui représentaient 63 % des usagers en 2012, restent majoritaires.
 
Le renforcement du rôle de coopération auprès des bibliothèques du territoire, qui fait partie des missions de la BPI depuis sa création, constitue une demande forte du ministère de la Culture. Comment y répondrez-vous ?
 
Ma lettre de mission est en effet très claire à ce sujet. La coopération prend des formes très diverses. Nous allons notamment faire évoluer notre catalogue de films disponibles pour les bibliothèques en passant à une offre numérique accessible depuis une plateforme qui sera opérationnelle en juin prochain. Nous avons récemment fait évoluer notre service de questions-réponses qui s’appelle maintenant Eurêkoi et qui va s’ouvrir à de nouvelles bibliothèques, notamment dans le monde francophone. Nous développons une offre de ressources numériques via le réseau Carel mais aussi avec un programme d’autoformation dont une vingtaine de bibliothèques bénéficieront d’ici à la fin de l’année. Notre service Etudes et recherche pilote chaque année une étude en lien avec le service du livre et de la lecture. La prochaine sera consacrée à la place des bibliothèques dans les réseaux sociaux. Nous avons également une mission handicap et le programme Bibliothèques dans la cité qui organise des journées d’étude et qui recense les bonnes pratiques dans l’accueil des usagers. En tant qu’ancienne directrice d’un réseau de lecture publique territorial, je sais à quel point la coopération est importante pour les établissements.
 
Le projet d’établissement, lancé en 2010, avait soulevé à l’époque beaucoup d’objections en interne. Qu’en est-il aujourd’hui ?
 
C’est par l’expérimentation que l’on peut convaincre. Les équipes ont pu commencer à tester certains aspects du projet, en particulier avec la création de l’espace Nouvelle génération, ou encore la mise en place des actions de médiation, qui n’existaient pas avant 2010. Les agents constatent que le public est content et je crois qu’ils se projettent maintenant plus concrètement dans ce projet. Les grandes lignes sont fixées, mais nous avons encore deux ans pour tester ce qui fonctionne ou pas et faire des ajustements techniques. Après une période au point mort, je pense que nous sommes à nouveau dans une dynamique très favorable à la mise en œuvre de notre projet d’établissement.
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