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De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013

Éditions Imbernon - Photo : Centre Pompidou, Bibliothèque Kandinsky - Guy Carrard Eileen Gray au Centre: La maison E 1027, vue de la mer 16 Totale, et totalement libre L’exposition est structurée selon les différents domaines Cette liberté, Gray l’exerce totalement dans sa manière de dans lesquels Eileen Gray a créé: art du laque, tapis, mobilier, envi- créer. En architecture particulièrement, selon Cloé Pitiot: ronnements intérieurs, architecture, peinture, photographie… « n’ayant aucune formation dans ce domaine, elle possède une L’image renvoyée est celle d’une créatrice totale, se renouve- indépendance conceptuelle certaine. Elle fait ce qu’elle veut, sans lant constamment, curieuse de créer sur tous les supports. limite. D’où ses maisons hors du commun, que personne d’autre, peut-être, ne se serait autorisées. Elle n’est pas une architecte La légende veut que Gray ait brutalement rompu avec ses mais une artiste qui fait de l’architecture. » débuts « art déco », reniant ses laques chargées d’ornements pour se convertir à l’idéologie moderniste, ce qui expliquerait son Une Irlandaise… so british! passage aux meubles tubulaires et à l’architecture fonction- nelle. « C’est une vision erronée, explique Cloé Pitiot, il n’y a pas Eileen Gray échappe aux tentatives de classement, « on l’ana- de rupture mais une évolution continue. Au départ, c’est une artiste- lyse avec une grille française alors qu’elle est profondément peintre, elle s’exprime donc sur un support à deux dimensions. anglaise », explique Cloé Pitiot. « Les historiens l’on souvent com- Après sa découverte des laques, elle fait des panneaux, travail- parée aux modernistes français (comme Pierre Chareau, Charlotte lant dans l’épaisseur du bois. Elle crée aussi des tapis qui, compte Perriand, Le Corbusier), alors que son réseau était principale- tenu de la hauteur des fils, prennent du relief. Puis ce sont des ment anglo-saxon. Pendant ses premières années passées en France, paravents: toujours des panneaux, mais disposés dans un espace elle est entourée d’artistes anglais, comme la poétesse Mina Loy, à trois dimensions. Eileen Gray passe ensuite au mobilier, puis le portraitiste Gerald Festus Kelly, le poète occultiste Aleister naturellement à l’aménagement intérieur. Lorsque, sur les Crowley, le peintre Wyndham Lewis, qui l’a même demandée en conseils de Badovici, elle se lance dans l’architecture, c’est dans mariage… ». Plus tard elle reste proche du milieu anglo-saxon, la même logique: une évolution continue de la toile à l’espace. » côtoyant Natalie Clifford-Barney, Loïe Fuller, Isadora Duncan. Les vingt dernières années de sa vie, elle se rapproche de sa nièce De plus, souligne Cloé Pitiot, « si Gray fréquente les groupes la peintre Prunella Clough avec qui elle échange de façon heb- d’avant-garde et participe à l’Union des artistes modernes (UAM), domadaire sur la peinture. elle reste toujours en marge. Elle capte toutes les idées, expéri- mente tout, sans pour autant vouloir être embrigadée ni éti- quetée. C’est une femme volontaire, indépendante, libre! »


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