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De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013

la ville muse dossier: 26 Capricorne d’Andreas La Cité rêvée Pour les dessinateurs les plus virtuoses, les paysages urbains l’image de la Cité idéale dont ces architectures étaient porteuses: sont l’occasion de rêveries qui représentent de véritables tours de « ce qui m’intéresse », déclare François Schuiten, c’est « le person- force graphiques. Dans les décors burlesques parcourus par Little nage pris dans un système. Comment un environnement nous Nemo et jusque dans les fresques apocalyptiques d’Akira, on a le construit, nous révèle ou nous détruit. Quels liens organiques la cité sentiment d’un malin plaisir qui mêle la violence et l’étrangeté des tisse avec nous, ces liens fractals qui se créent entre choses très pe- rêves à la rigueur du dessin en perspective. Les immeubles d’Akira tites et très grandes. La bande dessinée et l’architecture sont de qui s’effondrent comme des dominos rappellent le jeu enfantin qui bons outils pour en parler. 5» consiste à construire avec minutie un château de sable avant de le Le cauchemar urbain, la contre-utopie sont des figures récur- piétiner impitoyablement. rentes en bande dessinée, en particulier dans les récits de science- Chez certains auteurs, ces rêveries prennent un tour moins vio- fiction. Dans L’Incal, Mœbius et Jodorowsky mettent en scène une lent et plus intellectuel. Elles ressemblent d’avantage à des exercices cité-puits organisée en strates verticales (l’expression « bas-fonds » de prospective. Dans La Cité Saturne, Hisae Iwaoka imagine dans est prise au sens littéral), qui a largement marqué les esprits (on en ses moindres détails une vaste structure en orbite autour de la terre. retrouve la trace dans Blade Runner de Ridley Scott et dans Le Cin- La bande dessinée retrouve ici de vieilles lubies qui ont toujours ha- quième Élément de Luc Besson). Dans Gunm, Yukito Kishiro ima- bité l’architecture, avec ses fantasmes de Cité idéale, ses utopies ur- gine une ville double: Jéru est une Cité suspendue dans les airs, qui baines ou ses chantiers pharaoniques restés à jamais à l’état de déverse ses ordures sur sa jumelle, la ville de Zalem, immense dé- projet. potoir où survit la lie de l’humanité. Ces villes cauchemardesques Si la bande dessinée s’est largement approprié cette veine spé- forment des cadres pittoresques pour des aventures épiques, mais culative et visionnaire, c’est souvent pour prendre à contre-pied les elles tiennent également lieu de métaphore. À travers ces outrances, discours solennels de l’architecte ou de l’urbaniste. Dans Les Cités ces exagérations et ces visions oniriques, c’est le monde réel, ce sont obscures, Schuiten et Peeters dépeignent un monde fantastique pa- les villes où nous habitons, que la bande dessinée interroge. rallèle au nôtre, fortement inspiré des grands mouvements archi- tecturaux du XXe siècle (comme l’Art nouveau ou l’Art déco). À Nicolas Beudon, travers ces références, Schuiten et Peeters s’amusent à subvertir Bpi 5 Stépahne Beaujean, Entretien avec François Schuiten, Du9. En ligne: http://www.du9.org/entretien/francois-schuiten1285/


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