Portrait : Sebastiao Salgado

De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013

UN LÉOPARD ÉBLOUI SEBASTIÃO SALGADO Sebastião Salgado Un quai du canal Saint-Martin, face à l’Hôtel du Nord. Nostalgie romantique, Paris et son cinéma. Atmosphère, atmosphère… Au cœur du cliché: le studio du photographe. portrait:5 photographe de renommée internationale, lauréat des prix les plus © Bpi, Claire MineurÀ soixante-huit ans, ceSebastião Salgado nous y reçoit longuement, généreuse- ment. Il aime partager ses trésors. prestigieux, a gardé l’émerveillement d’un enfant. Il parle un français parfait, modulé d’intonations brésiliennes… Déjà un voyage. Et dans ce parler chantant revient un refrain d’enthousiasme: « phénoménal! » Ses yeux bleus se lèvent sur un ciel invisible, ses phrases sont Cette vie «phénoménale» prend fin lorsque Sebastião, vers ponctuées de « tu vois? »: quand il parle, Salgado regarde encore quinze ans, quitte le paradis pour suivre ses études secondaires ce qu’il a vu, en demeure ébloui. dans la grande ville de l’État voisin. Plus tard, à l’Université, il se spécialise en économie, ce qui le mène à São Paulo pour une maîtrise, Éblouissante plus que tout: son enfance. Sebastião Salgado puis à Paris pour la préparation d’un doctorat. Lors de ses années l’a passée dans la ferme de ses parents, dans l’État brésilien du Minas estudiantines au Brésil, il avait rencontré puis épousé Lélia, et c’est Gerais, plus grand que la France. La propriété, de dix kilomètres sur avec elle qu’il s’installe São Paulo, puis à Paris. trois, était plus qu’à demi recouverte de forêt tropicale. Elle abritait Une brillante carrière d’économiste s’ouvre alors à lui. Après une trentaine de familles et vivait quasiment en autarcie, produisant avoir travaillé au Ministère des Finances du Brésil, il rejoint à tous ses biens de consommation: céréales, sucre, lits fabriqués avec Londres, en 1971, l’Organisation internationale du café. les arbres poussant alentour… Jusqu’à l’âge de quinze ans, Sebastião grandit en pleine nature, La photographie, il l’a découverte tardivement, par hasard chevauchant des jours durant, marchant de l’aube à la nuit aux parce qu’à Paris, Lélia, étudiante aux Beaux-Arts, avait acheté un côtés de son père, nageant dans le ruisseau avec pour compagnons appareil pour faire des photos d’architecture. Sebastião le lui emprunte, de petits caïmans. Une fois par an, on allait à la ville pour y vendre et découvre soudain une liberté immense: « une autre manière de les animaux: quarante-cinq jours de trajet à cheval, avec plus de voir le monde, la possibilité de me relier aux gens, à tout! » mille têtes de bétail. En 1973, il décide alors d’abandonner sa carrière d’économiste pour devenir photographe. Un revirement brutal, en apparence imprévisible, et qui trouve pourtant sa source dans le paradis de l’enfance. suite du dossiersuite


De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013
To see the actual publication please follow the link above