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De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013

Car, du plus loin qu’il se souvienne, Sebastião a toujours été sensible à la beauté des paysages vallonnés du Minas Gerais: «Ces lumières, ces volumes dans le ciel à la saison des pluies! Enfant, quand j’allais au bout du domaine de la ferme, je contemplais la ligne d’horizon, j’avais envie d’aller voir au loin, plus loin. Le tracé des pierres, des montagnes, me donnait l’impression que Dieu avait fini de dessiner le monde là-bas. » Mais quand le photographe revient à la ferme familiale, Sebastião Salgado après des années passées à l’étranger, c’est un choc terrible. Le paradis tropical de son enfance est dévasté, victime de la déforesta- tion, de l’exploitation intensive du bois transformé en charbon pour 6 planter plus de 2,2 millions d’arbres. Aujourd’hui, on en est déjà à © Sebastião Salgado - AmazonasAussi, lorsque son père leur transmet la ferme, en 1990, sonla sidérurgie.épouse Lélia a l’idée de replanter la forêt, de transformer le domaineen parc national. Pour récupérer toute la surface initiale, il faut1,7 million. C’est un des plus grands projets environnementaux duBrésil, une pépinière uniquement constituée d’espèces natives,« parce que les plantes natives ne produisent pas sur commande, portrait: une fois par an: certains arbres donnent des semences trois fois Genesis : Papouasie Nouvelle Guinée dans l’année, d’autres une fois tous les cinq ans.» Aujourd’hui, tout l’écosystème est rétabli, les animaux d’autrefois sont revenus, « même le jaguar! C’est plus grand prédateur donc s’il est là, c’est L’aventure Genesis, pour laquelle Salgado a parcouru trente- que tous les autres animaux de la chaîne sont revenus aussi. » deux pays de 2004 à 2012, est parrainée par l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Elle Le purgatoire aride est redevenu le paradis qu’il était, les se conclura en 2013 par la sortie d’un livre, d’un film, et par une cours d’eau y serpentent à nouveau. Ce paradis s’étend même sur exposition qui aura sa première présentation au Musée d’Histoire toute la région puisque la pépinière fournit beaucoup d’arbres naturelle de Londres. plantés dans le domaine public et comprend un important centre de formation à la gestion de l’environnement. En attendant, le studio parisien est bruissant des préparatifs, Plus que les récompenses et les honneurs accumulés, cette couvert d’images qui sont autant d’histoires: cette tribu de Nouvelle réalisation fait la fierté de Sebastião Salgado. C’est l’œuvre de sa Guinée, « le chef était persuadé que j’appartenais à un clan qui vie, elle le dépasse et lui survivra même puisque, dit-il, « d’ici venait d’une direction bien déterminée, car j’avais remonté la même cinquante à cent ans, on devrait avoir récupéré une grande partie rivière que l’autre Blanc, le seul avant moi, rencontré vingt ans de la vallée qui avait été détruite – une vallée grande comme le auparavant »; ces indiens d’Amazonie qui ne veulent pas croire à Portugal. » l’avion qu’on voit briller dans le ciel, non parce que c’est une machine volante, mais parce qu’elle est censée contenir trois cents personnes, De cette re-création est né Genesis, le projet de parcourir la alors que le monde ne saurait, selon eux, excéder les quelque deux planète pour y prendre des photographies de paysages naturels, cent cinquante individus de leur tribu. de faune et de flore intactes, d’hommes vivant comme il y a cinq Genesis, ce sont pour l’instant des centaines d’images accu- ou dix mille ans, en équilibre avec leur environnement. Loin des mulées sur les tables du studio et collées aux murs: des brisures reportages alarmants sur l’état critique de la Terre, Salgado rend d’icebergs à la dérive, un guerrier Papou lové dans son sommeil, hommage à la nature préservée: « L’homme moderne a l’impres- les yeux magnétiques d’un léopard flashé par les phares d’une sion que tout a été détruit, or quarante-cinq pour cent de la planète voiture. On imagine Salgado, force de la nature et concentré n’ont pas subi de modification depuis les origines. C’est ce que je d’énergie, face à ce grand fauve ébloui par la lumière qui le fige: veux montrer ». le photographe et son double.


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