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De Ligne en ligne n°10 - Janvier à avril 2013

Son studio est une ruche. Au sous-sol, les tireurs s’affairent sur des ordinateurs; au rez-de-chaussée et sur les mezzanines, on prépare les livres, les expositions, les voyages, on écrit et on met en page. En comptant le guide qui l’accompagne dans ses expédi- tions, le laboratoire qui développe ses photos argentiques, Sebastião Salgado fait travailler une équipe de huit personnes. « L’avantage de la photo, c’est qu’on n’a pas besoin de © Bpi, Claire Mineur prendre sa retraite, on peut continuer jusqu’au bout»explique cet infatigable voyageur, qui envisage de continuer encore une vingtaine d’années ses périples autour du monde. Sebastião Salgado Catherine Geoffroy et Pierre Moine, Bpi « Ce sont des photos de la vie, de ma vie ». Salgado ne se portrait: définit pas non plus comme photo-journaliste réalisant des reportages de commande. Lui choisit ses «histoires», s’y immerge 8 totalement, pendant des années: cinq ans pourLa Main de l’homme, sept pour Exode, huit pour Genesis. Les magazines avec lesquels il signe des contrats (Paris Match, La Vanguardia, La República, The Guardian, lui achètent à l’avance des photos, ils financent donc ses longues expéditions mais en lui laissant toute liberté. Certains critiques l’ont attaqué, lui reprochant d’esthétiser la misère pour en tirer des profits commerciaux. Le noir et blanc qui met à distance, les cadrages parfaits, les sujets nimbés de lumière lui ont valu le grief « d’inauthenticité du beau ». À quoi Sebastião répond que les images restituent ce qu’il a vécu à tel moment, dans tel contexte, ce que nul autre n’a ressenti et ne peut donc juger. Les noirs sculptés par la lumière, c’est son langage insiste- t-il. « Ma mère est d’origine suisse et je tiens d’elle une peau très blonde, des yeux clairs. Quand j’étais petit au Brésil, il fallait toujours que je reste à l’ombre pour me protéger de ces ciels incroyables, donc ce que je regardais était à contrejour. Je suis venu du contrejour. » À l’inverse de la couleur, qu’il a beaucoup pratiquée dans sa vie professionnelle, le noir et blanc lui permet de concentrer ses effets sur les nuances de gris, d’aller à l’essentiel et d’y emmener © Sebastião Salgado - Amazonas le spectateur. Il a adopté l’appareil numérique, mais en conservant le grain de l’argentique: «La qualité numérique est tellement bonne aujourd’hui que je suis obligé de la ramener un petit peu en arrière». Ses images numériques sont transférées sur film négatif et tirées sur papier photo. Genesis : Galapagos, Équateur, 2004 Fin


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