Les jeux vidéo à l’âge adulte

De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014

20 dossier : Jeux vidéo, l’art aux manettes Le eju vidéo à * l’âge adulte Tout juste quarante ans et déjà dans les prestigieuses collections du Museum of Modern Art de New York ! Pong, le premier jeu vidéo à avoir connu le succès commercial a été choisi pour la qualité de son design interactif, ainsi que treize autres jeux vidéo cultes. Un signe, parmi d’autres, qui montre que le jeu vidéo a acquis une légitimité culturelle. Différentes institutions et associations s’y intéressent. Certains pour la valeur patrimoniale de l’objet-jeu, d’autres pour l’expérience interactive et esthétique qu’il procure. Collecter, collectionner Depuis 1993, la Bibliothèque nationale de France (BnF) reçoit les jeux vidéo au titre du dépôt légal. Commencée avec un retard de près de vingt ans sur la date de création des premiers jeux, la collection compte à présent 10 000 titres. Il a fallu pour cela convaincre en interne une institution réputée élitiste et, à l’extérieur, des éditeurs toujours à l’affût de nouveautés qui se soucient peu d’archiver leur mémoire. À partir des années 2000, des acquisitions de titres rétrospectifs et étrangers, notamment japonais, viennent combler les lacunes du dépôt légal. La collection accessible aux chercheurs en Rez-de-jardin s’enrichit chaque année de 500 titres, soit 80 % de la production nationale. La dématérialisation des jeux vidéo est aujourd’hui une difficulté supplémentaire : les éditeurs de jeux hésitent en effet à déposer une version non protégée. Autres acteurs incontournables pour qui s’intéresse au patrimoine vidéoludique : l’association Mo5 et, à sa tête, Philippe Dubois. Mo5 rassemble depuis 1996 une communauté de collectionneurs aux profils très variés. Installée à Arcueil, dans un local de 470 m2, la collection comprend aussi bien des consoles de salon, des ordinateurs que des bornes d’arcade, des bornes de démonstration d’époque, de la documentation, des objets publicitaires et bien sûr un grand nombre de jeux pour chaque machine. Soit environ 30 000 pièces. L’association, qui milite pour un musée du jeu vidéo et de ses usages, a participé aux trois récentes expositions parisiennes en prêtant ses collections ou en collaborant au commissariat. Exposer Trois expositions en trois ans : • MuséoGames, une histoire à rejouer, musée des Arts et métiers, 2010-2011 http://museogames.com/ • Game Story : une histoire du jeu vidéo, RMN-Grand Palais, 2011 794.51 GAM • Jeu vidéo l’expo : entrons dans une nouvelle ère culturelle, Cité des sciences et de l’industrie, La Martinière, 2013 Au musée des Arts et métiers, au Grand Palais, et aujourd’hui à la Cité des sciences et de l’industrie, le jeu vidéo est de plus en plus exposé. Le musée des Arts et métiers pouvait s’appuyer, en plus des prêts de Mo5, sur l’importante collection de Sylvain Bizoirre, acquise en 2007. Mais exposer les jeux vidéo, c’est essayer de répondre à une double injonction contradictoire : montrer et jouer. Tant il est vrai que pour un joueur, rien ne remplacera l’expérience du jeu. Le plaisir naît du gameplay. Et c’est ce que l’exposition à la Cité des sciences, en misant sur l’interactivité, cherche à faire partager aussi bien aux joueurs aguerris qu’aux novices. Expérimenter D’autres lieux permettent de jouer toute l’année. L’espace Jeux vidéo de la Gaîté Lyrique propose ainsi sept jeux en permanence, choisis en lien avec la programmation de l’établissement. Game designer, Oscar Barda ne veut pas montrer « les jeux que tout le monde connaît ». En quatre ans, il a constitué une collection de 1 400 jeux dont une dizaine est proposée au public, en alternance. Sélectionnés pour la qualité de leur gameplay, ceux-ci sont repérés lors de festivals ou achetés sur la scène indépendante par souscription. Une collection ultra-pointue donc, qui ne cherche pas l’exhaustivité mais l’innovation et la créativité.


De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014
To see the actual publication please follow the link above