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De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014

« Un jour, par une claire matinée ensoleillée sans un souffle de vent, depuis une terrasse-belvédère avec vue sur le port et la baie, j’ai été brusquement fasciné par une turbulence de vapeur transparente qui s’élevait d’une petite cheminée en zinc et faisait vibrer l’air dans le ciel au-dessus de la mer. » Emmanuel Hocquard, Avant, CipM, 2012 Je crois me souvenir que c’était sur la terrasse. Celle qui surplombe le jardin, celle sur laquelle donnent les fenêtres des deux chambres (la 9 et la 8 ?) aux portes, aux chambranles et aux meubles du même bleu. C’est une terrasse presque un peu trop grande, dont la taille semble disproportionnée par rapport aux deux pièces, minuscules. Au sol il y a ce carrelage de briques sombres (ou de petits carreaux marrons ? je ne sais plus), qui contraste avec le blanc de chaux dont on recouvre régulièrement les murs. Au loin, quand on regarde au-dessus des créneaux du parapet (les découpes sont un peu massives, mais dentelées selon un motif presque floral, bien que schématique), on voit le port, la mer, la côte en face. En bas à droite, on n’a même pas besoin de se pencher (le parapet est bas, il s’arrête à hauteur de hanche) pour voir le terrain vague – vague depuis quand ? « ce temps est incalculable ». Petit désert rempli de déchets, resté abandonné après la démolition de la maison d’en face. Sur les murs des immeubles qui entouraient la maison, on distingue encore la trace noire des escaliers, des paliers, le dessin de certaines pièces marquées par des rectangles de mosaïques très colorées, dispersés à des hauteurs différentes. Je crois qu’il faisait beau, j’en suis même assez sûre. Que le blanc des murs et du parapet faisait mal aux yeux, que le soleil tapait fort. On avait passé un long moment à marcher de long en large sur cette terrasse, à regarder en bas, à voir au loin les bateaux passer, à écouter les bruits de la ville, les oiseaux, l’appel à la prière. Quelqu’un doit avoir dans son téléphone la photo de trois d’entre nous, tournant le dos à la baie, appuyés contre le parapet, dans le soleil. (En redescendant l’escalier, on s’était rendu compte que l’arrière de nos pantalons était couvert de traces blanches, qui s’étaient avérées assez tenaces.) 29 venez ! : En écho à la Beat generation Fin © Lola Créïs © Zeina Abirached


De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014
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