3 questions à Alain Dieckhoff

De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014

© Sciences Po Fin 34 venez ! : 3 questions à Alain Dieckhoff venez ! 3 quest ions à Alain Dieckh of Cycle Enjeux internationaux Géopolitique du cyberespace Lundi 28 avril 19 h – Petite Salle Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CNRS, directeur du Centre d’Études et de Recherches Internationales, Sciences Po Paris, et conseiller scientifique du nouveau cycle : Enjeux internationaux. Comment caractériser les relations internationales aujourd’hui ? Elles sont tissées par les interactions multiples, faites de coopération et d’opposition, qu’entretiennent des acteurs de nature différente : les États bien entendu, mais aussi les organisations internationales et une large palette d’acteurs nonétatiques aux statuts variés – entreprises multinationales, ONG, mouvements insurrectionnels, groupes terroristes, mafias… Comment lire le monde avec une telle multitude d’acteurs ? Ce foisonnement peut en effet donner le sentiment que la société internationale contemporaine n’est plus régie par aucun principe de structuration, qu’elle est, au sens propre, du mot « anarchique », dépourvue d’ordre. Si certains en concluent que le monde est désormais apolaire, dépourvu de pôles, d’axes, d’aucuns considèrent, à l’inverse, qu’il est en passe de devenir multipolaire – avec la montée en puissance des pays émergents : Chine, Inde, Brésil… – tandis que d’autres estiment que les changements actuels ne modifient pour l’heure rien quant à la domination massive des États-Unis, qui sont en situation d’unipolarité. Il est sans doute difficile de trancher définitivement entre ces différentes interprétations, mais une chose est certaine : le monde est beaucoup moins prévisible que du temps où la bipolarité soviéto-américaine le divisait en deux camps. Pouvez-vous donner des illustrations des tendances opposées qui traversent le monde contemporain ? Si l’on examine les conflits contemporains, on note un double phénomène. D’une part, les affrontements classiques de puissance entre États qui cherchent à affirmer ou à défendre leurs intérêts nationaux demeurent. Ainsi, en Asie orientale, la Chine qui, fort de son essor économique, veut s’affirmer comme le pivot asiatique, fait face à un Japon qui entend retrouver toutes ses potentialités stratégiques. Quant à la Corée du Nord, elle persiste dans son escalade nucléaire au grand dam de son voisin du sud. D’autre part, beaucoup d’États faillis, incapables de contrôler leur territoire national, sont aux prises avec des mouvements « contestataires », parfois puissamment armés. L’Afrique sahélienne et centrale en offre de multiples exemples. On l’a vu récemment au Mali, où la rébellion, animée à la fois par des objectifs indépendantistes et l’idéologie djihadiste, n’a pu être stoppée que par l’intervention militaire française. Une communauté d’États très hétérogènes ; des institutions internationales largement tributaires des États et une pléiade d’acteurs non étatiques oscillant entre coopération et contestation. Tel est le monde complexe d’aujourd’hui. 1 2 3


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