Page 7

De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014

7 Fin Vous publiez cette année un autre livre collectif : De l’univers clos au monde infini… Dans Écologie politique, les textes avaient tous une dizaine, voire une vingtaine d’années. Ce nouveau livre rassemble cette fois des textes presque tous inédits, écrits là aussi par des personnes venant de disciplines distinctes : philosophes, mais aussi historiens, sociologues, anthropologues, qui s’intéressent à l’écologie et à la façon dont les questions qu’elle soulève peuvent venir affecter et transformer leur propre discipline. Il y a de nouveau un texte de Di Chiro dans lequel elle problématise les liens entre féminisme et écologie. C’est une question qui m’intéresse beaucoup aujourd’hui. S’il existe une littérature assez conséquente en langue anglaise, cette approche n’a absolument pas traversé l’océan ni, de manière plus générale, irrigué de ses questions notre questionnement sur cette crise écologique. Dans ce texte, Di Chiro a une formule absolument magnifique pour saisir les enjeux d’une problématisation féministe : elle parle de « ramener l’écologie à la maison » par contraste avec la vision dominante, high tech et globale de l’écologie. Il y a évidemment un côté provocateur dans cette proposition qui joue avec les clichés machistes. « Maison » ne désigne pas seulement la sphère privée, mais aussi le quartier, avec cette rivière polluée à côté, avec cette usine chimique qui est en train d’étouffer les poumons de nos enfants, etc. « Ramener l’écologie à la maison », c’est une façon de faire entendre à quel point l’écologie est partout. Non pas dans un dehors extérieur à nous, mais là où l’on vit, travaille, respire, aime, joue. Et à partir de là, il s’agit de se demander à nouveau qui va s’en occuper et comment ? Entretien : Ce à quoi Émilie tient Le Mouvement de justice environnementale est apparu aux États-Unis dans les années 1980 avec la prise de conscience de l’inégalité de la répartition des activités polluantes. Concentrées dans les lieux habités par les populations défavorisées, celles-ci ont de graves conséquences sanitaires. Les mobilisations des habitants, et surtout des habitantes, ont permis de *à lire • Ce à quoi nous tenons, propositions pour une écologie pragmatique, La Découverte, 2011 320.7 HAC Anthologies préfacées et commentées par Émilie Hache : • Écologie politique : cosmos, communautés, milieux, Amsterdam, 2012 320.7 ECO • De l’univers clos au monde infini, Éditions Dehors, 2014 • Léon Trotski, John Dewey. Leur morale et la nôtre, La Découverte, 2014 Que peut la fiction face à la crise écologique ? J’ai entamé depuis quelque temps une recherche croisée sur les liens entre féminisme et écologie et sur ceux entre fiction et écologie. Et, finalement, pour les mêmes raisons. Les définitions mainstream de l’écologie passent à côté d’une grande partie des dimensions qui sont en jeu derrière cette question. La fiction, par ses propres moyens, peut amener à poser autrement les problèmes liés à la crise écologique. Je m’intéresse en particulier à la science-fiction féministe qui, du fait de son rapport critique à la société actuelle, ne va pas aborder la crise écologique de la même façon que d’autres qui pourraient entretenir un rapport nostalgique à notre présent et passé récent. Il ne s’agit surtout pas d’imaginer que cette crise écologique pourrait ici être souhaitée ou bien qu’elle serait minorée, mais de comprendre qu’on n’aborde pas de la même façon une crise à partir d’une situation déjà problématique. On ne va pas insister sur les mêmes choses, on ne va pas accorder de l’importance aux mêmes problèmes. Ce sont souvent des fictions qui se situent entre l’utopie et la dystopie, cherchant à « fabriquer de l’espoir au bord du gouffre », pour reprendre la belle expression de la philosophe Isabelle Stengers. Dans un monde en crise dans lequel les catastrophes sociales et environnementales se multiplient, l’humour et l’espoir sont aussi importants que la colère ou la confiance, et les possibilités de préserver et d’inventer un monde habitable passent peut-être par notre capacité à cultiver ces différentes forces. Propos recueillis par Sylvie Astric et Marie-Hélène Gatto, Bpi penser l’environnement non plus seulement en termes de conservation, mais aussi en termes de droits et de justice. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a défini, en 1994, la justice environnementale comme étant « le traitement équitable des gens de toutes races, cultures et revenus dans le développement des règlements, lois et politiques environnementales ».


De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014
To see the actual publication please follow the link above