Au Centre : Magie des archives

De Ligne en ligne n° 14 - Avril à septembre 2014

8 Au Centre : Magie des archives au Centre « C’est une exposition sans oeuvre », annoncent d’emblée Didier Schulmann et Stéphanie Rivoire, commissaires de l’exposition Magiciens de la terre : retour sur une exposition légendaire. Prenant le parti de présenter uniquement des archives, ils nous racontent l’aventure de Magiciens de la terre, une exposition mythique, tout en portant sur l’expérience un regard distancié. Avec le souci de rendre compréhensible aux jeunes générations le contexte culturel et politique de la fin des années 1980, Didier Schulmann et Stéphanie Rivoire se sont plongés dans les archives de la Bibliothèque Kandinsky et du Centre Pompidou. Soixante boîtes d’archives ont été systématiquement dépouillées. Notes de travail, références bibliographiques, copies d’articles de revues, correspondances avec des artistes rendent compte de la genèse et de l’avancée de ce projet atypique. À la recherche des « magiciens » Pendant quatre ans, Jean-Hubert Martin, nouveau directeur du Musée national d’art moderne, et son équipe ont sillonné la planète. À une époque – pas si lointaine – où prendre l’avion était encore exceptionnel et où les moyens de communication se limitaient au téléphone fixe et au fax, ils ont endossé le costume d’Indiana Jones. Sac au dos, ils sont allés sur le terrain vérifier les informations patiemment collectées et rencontrer les artistes. De leurs missions, ils ont ramené des films, des photographies d’artistes prises dans leurs villages. « L’idée », précise Stéphanie Rivoire, « c’est de montrer toute cette face préparatoire à la fois dans ce qu’elle a de similaire avec ce que l’on fait aujourd’hui, en termes de préparation scientifique, et de différent de par cette exploration de territoires nouveaux pour trouver les magiciens ». Les mots « magiciens » et « artistes » font d’ailleurs débat à l’époque. Impropres l’un comme l’autre à décrire ce qui rassemble la pratique d’un prêtre du vaudou de celle d’un peintre occidental, aussi différentes soient-elles l’une de l’autre. Magiciens de la terre : retour sur une exposition légendaire Exposition du 2 juillet au 8 septembre Centre Pompidou Galerie du Musée, niveau 4 Mag ie des archives L’immense globe terrestre de Neil Dawson (Nouvelle-Zélande) et, sur la façade, le portrait d’un passant réalisé par Braco Dimitrijević (Yougoslavie/ Grande-Bretagne) © Centre Pompidou–Mnam-Bibliothèque Kandinsky-Béatrice Hatala La documentation photographique et cinématographique autour du montage de l’exposition est précieuse. Elle montre les artistes en train de créer in situ et, parfois, les rituels nécessaires avant de rendre l’oeuvre publique. Mais surtout, photographies et films saisissent les échanges entre les artistes. Didier Schulmann s’en souvient : « les artistes se sont regardés les uns les autres en train d’installer leurs pièces, les moines tibétains regardant les aborigènes australiens, regardant les Africains. Ces regards, ces observations étaient à ce moment-là des procédures d’abolition de frontières, ce sont les moments les plus émouvants, les plus forts. » Et sans doute les plus proches du projet initial.


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