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de ligne en ligne n° 18 - octobre à décembre 2015

Laurence Petit-Jouvet, cinéaste   « Le tournage de J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau s’est passé dans la consultation de pédopsychiatrie transculturelle de Marie Rose Moro à l’Hôpital Avicenne de Bobigny. Il a fallu trouver un dispositif cinématographique qui s’adapte absolument aux exigences de la clinique. Les places que nous occupions étaient inamovibles, les seules possibles : deux caméras, la chef opératrice, son assistant-pointeur et moi au fond de la grande pièce parmi les cothérapeutes et face à la famille ; une dizaine de micros plantés dans le faux plafond ; et l’équipe des ingénieurs du son de l’autre côté d’un miroir sans tain pour capter et mixer en direct cette parole qui tournait, se nouait et se dénouait, se chuchotait et se criait. C’était la règle du jeu, dans cet espace où chaque présence, chaque déplacement, chaque élément du décor était chargé et symbolique.   J’ai choisi Nurith Aviv pour être la chef opératrice de ce film, d’abord parce qu’elle possédait déjà une connaissance de l’ethnopsychanalyse et avait filmé des situations psychiatriques en Afrique, mais surtout parce qu’elle était connue pour ses plans-séquences, nécessaires pour suivre avec fluidité la parole de la consultation. Le tournage s’est étalé sur trois mois, pendant lesquels nous avons tricoté, elle et moi, une image à quatre mains. Le choix d’une deuxième caméra, décidé ensemble, a été déterminant. Il permettait à Nurith de suivre son intuition en prenant des risques, pour aller chercher ce qui affleurait sur les lèvres et au creux des corps.   L’intelligence, la culture et l’exigence de Nurith ont été essentielles pour inventer et réussir ce tournage. Tout en maîtrisant son image, Nurith écoutait formidablement bien et captait les différents niveaux de sens qui se jouaient devant nous, pour parvenir à anticiper la nécessité de certains mouvements de caméra. » Agnès Varda, cinéaste   « En voyant Erica Minor, un film de Bertrand van Effenterre de 1973, j’avais remarqué des images qui me plaisaient. J’ai eu un peu de difficulté à trouver Nurith Aviv, je voulais lui demander de faire les images de Daguerréotypes, un documentaire dans ma rue avec mes voisins, les commerçants. Nurith a tourné en caméra 16 mm, parfois à la main. Nous nous sommes tout de suite bien entendues. Elle a un sens instinctif du cadrage et de ce qui va arriver. On s’est retrouvées pour L’une chante, l’autre pas, elle était au cadre. Puis elle a fait images et cadre de Jane B. par Agnès V. et surtout elle a signé les images de 7 P., cuis., s.d.b., à saisir et de Documenteur, tourné à Los Angeles. On a partagé des sensations, des intuitions et des moments où, par le projet et par les images, on touche au mystère du cinéma de création.   Depuis, Nurith vole de ses propres ailes. Elle réalise et construit une oeuvre originale. » Témoignages recueillis par Florence Verdeille, Bpi 11 Fin rétrospective : Nurith Aviv J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau de Laurence Petit-Jouvet, 2002 © Abacaris Films Nurith Aviv et Agnès Varda sur le tournage de L’une chante, l’autre pas, en 1976 © Ciné-Tamaris


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