Le trait "Claire"

de ligne en ligne n° 18 - octobre à décembre 2015

LE TRAIT CLAIRE On a oublié qu’à une époque où la bande dessinée était une affaire d’hommes, Claire Bretécher a été la pionnière d’une pratique féminine du neuvième art, qui fait maintenant florès, de Marjane Satrapi à la BD girly. Retour sur le parcours d’une virtuose de la satire dessinée. Claire Bretécher entre dans le monde très masculin de la bande dessinée au début des années 1960, après de brèves études artistiques et un passage éclair (neuf mois !) dans l’enseignement. Elle fait ensuite ses armes dans l’illustration pour la presse jeunesse et se signale par une première collaboration avec René Goscinny, dont elle illustre en 1963 Le Facteur Rhésus pour L’Os à moelle relancé après-guerre par Pierre Dac. Elle publie ensuite des bandes dessinées dans la presse catholique pour enfants et dans Spirou, créant entre autres une série historico-humoristique, Baratine et Molgaga, et Les Gnangnan, qu’on a pu comparer aux Peanuts de Charles Monroe Schulz du fait qu’elle y mettait en scène des enfants raisonneurs. Si ces derniers annoncent Les Frustrés, Baratine et Molgaga préfigure Cellulite, première création majeure dans le Pilote de la toute fin des années 1960. Anti-héroïne, la première du genre, Cellulite est la fille d’un châtelain du Moyen Âge. Laide, dénuée d’intelligence et dotée d’un fort mauvais caractère, elle ne dépare pas au milieu de personnages tous animés par des motivations d’une grande bassesse. Loin des clichés romantiques des BD pour adolescentes, Cellulite suscite une sympathie paradoxale, car elle ne se laisse jamais abattre. Bretécher est à l’époque assez proche graphiquement d’une certaine école américaine du daily strip, et en particulier de B.C. de Johnny Hart et du Wizard of Id (du même Hart avec Brant Parker), deux séries qui jouent à la fois sur une grande simplicité graphique et l’exploitation comique d’anachronismes historiques. La liberté croissante qu’offre Pilote dans les années 1970 lui permet de s’éloigner de ce registre pour lancer Salades de saison, pages d’humour qui annoncent Les Frustrés. Une verve souveraine En 1972, Claire Bretécher fonde avec Gotlib et Mandryka L’Écho des Savanes. Elle y reste un an, le temps de publier plusieurs histoires qui oscillent entre expérimentation (Le Cordon infernal, qui inspirera en 1986 une pièce chorégraphique au groupe de recherche de l’Opéra de Paris) et quelques courts récits d’une inhabituelle noirceur. Viendront ensuite Les Amours écologiques du Bolot occidental, hilarante mise en boîte de l’écologie alors en plein essor pour le mensuel Le Sauvage et surtout Les Frustrés pour Le Nouvel Observateur. Couverture de L’Écho des savanes, 1er janvier 1974 Claire Bretécher, Gotlib et Mandryka dessinés par Georges Lacroix © Georges Lacroix /L’Écho des savanes 14 dossier : autour de Claire Bretécher


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