Ecoutez, c'est du Bretécher !

de ligne en ligne n° 18 - octobre à décembre 2015

ÉCOUTEZ, C’EST DU BRETÉCHER ! Faire entendre à la radio ce qui ne se saisit que par l’oeil, c’est le défi que s’est lancé Christèle Wurmser en adaptant pour France Culture Les Frustrés et Agrippine. Adapter les bandes dessinées de Claire Bretécher à la radio, pour Christèle Wurmser, c’était une évidence. Une certitude qui s’appuie avant tout sur l’écriture. « Il y a le style de ses dessins, mais il y a un style d’écriture dans le dialogue qui est absolument formidable. C’était une bonne matière de départ pour une adaptation entièrement dialoguée. » Prolonger ce qui était amorcé Proposé à France Culture, le projet d’adapter Les Frustrés (saison 1) est aussitôt accepté. Le format est celui de l’émission Micro Fictions (devenue La Vie moderne), cinq pastilles de huit minutes environ, diffusées chaque jour pendant une semaine. En se plongeant véritablement dans le travail d’adaptation, Christèle Wurmser est très vite confrontée à une première difficulté. Après des cases où le talent de dialoguiste de Claire Bretécher s’épanouit, une case muette ponctue ou conclut la planche. Comment transformer un dessin en dialogue ? Comment traduire l’acidité, la pertinence d’un trait ? L’écriture prend alors le relais du trait de crayon. « L’idée, c’était de réussir à prolonger ce qui était amorcé par Claire Bretécher : l’esprit, le tempérament des personnages, le rythme… », explique Christèle Wurmser. Les Frustrés, toute une époque Parfois, le prolongement se fait naturellement. La planche « La Gueule », où une dispute conjugale tourne en rond, se termine par la mention manuscrite « et ainsi de suite ». Équivalent sonore, la mise en boucle des paroles a pour effet de les attribuer alternativement à la femme et à l’homme, renforçant le comique de la situation. Le plus souvent, l’adaptation demande un travail d’écriture, plus ou moins important. Dans « L’Ami d’Ernest », une jeune femme subit silencieusement la logorrhée d’un homme condescendant. À la radio, cette jeune femme devient Claudine, rappelant à plusieurs reprises son prénom à celui qui s’obstine à l’appeler Claudie. Christèle Wurmser accentue ici délicatement l’arrogance et la suffisance du personnage masculin. Dans « Catéchisme », une féministe essaie de convertir une de ses amies et d’éveiller sa conscience politique. Dans la bande dessinée, trois points de suspension entre des expressions comme : « victime de la phallocratie », «  chauvinisme mâle », « mythe de la virilité » suffisent à résumer la leçon de féminisme. À la radio, il faut développer les trois points de suspension, les expliciter longuement. À la différence de l’oeil qui saisit instantanément la situation, l’oreille a besoin de beaucoup plus d’informations et de temps. 22 dossier : autour de Claire Bretécher Extrait de « Catéchisme », Les Frustrés, 1973-1980, Claire Bretécher © Dargaud 2015


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