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de ligne en ligne n° 18 - octobre à décembre 2015

Phallocrates, complexe de castration… Les termes renvoient aux luttes féministes des années 1970. Dans ses adaptations radiophoniques des Frustrés, Christèle Wurmser a choisi de rester « dans l’instant où Claire Bretécher écrit ». La réalisatrice, Christine Bernard-Sugy, a d’ailleurs intégré ici, un bruit de machine à écrire, là, une sonnerie de téléphone vintage, des éléments qui contextualisent discrètement les dialogues. Loin d’être des accessoires de décor, ils montrent l’importance de resituer une pensée dans son époque pour faire apparaître sa modernité visionnaire. C’est cet aspect d’ailleurs qui a frappé Christèle Wurmser au moment de l’enregistrement. « Sur le plateau, il y avait plusieurs générations de comédiennes. Les trentenaires s’étonnaient : “ c’est incroyable, ce qu’elle ose dire ! ”. Il y a des choses qu’on n’ose plus dire aujourd’hui. Sur le féminisme, c’est flagrant. Claire Bretécher, tout en étant en train de vivre l’émergence du féminisme, pose dessus un regard absolu de dérision et elle annonce le recul du féminisme qu’on est en train de vivre. » Agrippine, un langage Feuilleton de cinq épisodes de vingt-cinq minutes chacun, l’adaptation d’Agrippine (et pas d’un album, précise Christèle Wurmser) a demandé un tout autre travail. De fait, si les sources principales sont Agrippine et l’ancêtre et Agrippine déconfite, Christèle Wurmser a pioché dans tous les albums de la série pour sélectionner des passages essentiels à l’évolution des personnages. Elle a choisi de développer celui du père, de donner plus de voix à cet écrivain silencieux, très présent à l’image, qui passe de longues heures à observer les huîtres. Les Frustrés étaient des petits sketches indépendants les uns des autres qu’il fallait associer pour scander l’émission. Avec l’adaptation d’Agrippine, la question du rythme – de chaque épisode et de l’ensemble de la série – devient primordiale. Mais pour Christèle Wurmser, la vraie spécificité d’Agrippine, c’est le langage, celui totalement inventé d’une adolescente, qui reste inchangé d’album en album, et qui ne se démode pas ! « Continuer à inventer une langue qui n’existe pas, d’emblée ça me paraissait beaucoup plus périlleux. C’était aussi ce qu’il y avait de plus passionnant. » Marie-Hélène Gatto, Bpi *À écouter : Les Frustrés (saison 2) http://www.franceculture.fr/emission-fictions- 23 la-vie-moderne-13-14-les-frustres-saison- 2-110-2014-03-31 Fin du dossier dossier : autour de Claire Bretécher Extrait de « Poème », Agrippine, 1988, Claire Bretécher © Dargaud 2015


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