3 questions à Karoline Postel-Vinay

de ligne en ligne n° 18 - octobre à décembre 2015

venez ! 3 QUESTIONS À Karoline Postel-Vinay chercheuse au Centre de Recherches Internationales, Sciences Po, Paris. En publiant il y a dix ans L’Occident et sa bonne parole : nos représentations du monde, de l’Europe coloniale à l’Amérique hégémonique (Flammarion, 2005), Karoline Postel-Vinay ouvrait un champ neuf dans la recherche française sur les relations inter-nationales. Depuis, elle poursuit l’étude de ce qu’elle appelle les « récits géopolitiques globaux » à l’époque contemporaine. Qu’est-ce qu’un « récit géopolitique » ?   C’est un concept qui permet d’analyser les relations internationales sous l’angle de la communication et de la capacité d’influence, et pas seulement des rapports de force matériels. En produisant un « récit géopolitique », une grande puissance propose – et impose – un certain sens à la marche du monde. Or cette lecture du monde est subjective. Étudier les récits géopolitiques permet aussi de mieux appréhender d’autres perspectives, notamment non-occidentales. Quels sont les différents récits qui sont en concurrence depuis le xxème siècle ?   Les États-Unis entrent dans la Grande Guerre avec un nouveau récit géopolitique. Pour le président américain, Woodrow Wilson, 1914 n’est pas un simple conflit territorial entre Européens mais un combat mondial du Bien contre le Mal. Le même récit va sous-tendre la vision américaine de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre froide, et, après le 11 septembre 2001, de la « guerre contre la terreur ». Le discours des États-Unis est généralement dominant. Mais une concurrence de récits commence avec la décolonisation. Cycle Enjeux internationaux Récits globaux et relations internationales au XXIème siècle Lundi 12 octobre 19 heures, Petite Salle Dans les années 1950, face au discours du conflit Est-Ouest, les pays non-alignés parlent de division Nord-Sud ; c’est un contre-récit géopolitique. Au xxième siècle, le récit de la « guerre contre la terreur » est encore plus contesté que ne l’a été celui de la guerre froide. Et avec la montée en puissance des pays non-occidentaux, la rivalité des récits s’accentue. On le voit lors de la négociation de l’ordre du jour dans les grandes réunions internationales, notamment dans une enceinte comme le G20. Peut-on parler de véritables stratégies de communication des États à l’échelle internationale ?   Il existe maintenant des agences internationales de communication qui conseillent les gouvernements pour leur diplomatie d’influence ; elles leur enseignent la technique du storytelling pour mettre en récit leur propre vision du monde. Des pays comme la Russie et la Chine y font appel. Le recours aux récits géopolitiques montre aussi un aspect de plus en plus important de la pratique diplomatique. Celle-ci ne se résume plus à des tractations plus ou moins secrètes et opaques. Elle doit compter avec la présence croissante d’une opinion publique mondiale, de plus en plus informée et réactive grâce à la révolution numérique. Propos recueillis par Jérémie Desjardins, Bpi Fin 34 venez ! : 3 questions à Karoline Postel-Vinay 1 2 3 © CERI, Sciences Po


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