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De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

À l’impossible, Adel est tenu Un artiste classique? Né à Constantine, Adel Abdessemed est installé à présent à Reflet de la violence et des conflits du monde contemporain, Paris, après être passé par New York et Berlin. Il s’est fait connaître l’œuvre d’Adel Abdessemed a de manière récurrente été regardée au début de sa carrière par des vidéos très courtes, présentées en à la lumière de l’actualité et de l’histoire immédiate. Dans Practice il déplace les limites! Adel Abdessemed boucle. Cette technique, volontiers qualifiée de « pauvre », lui ZERO TOLERANCE, reproduction en terre cuite, grandeur nature, de permettait des interventions rapides et légères. Il a, depuis, réalisé voitures carbonisées, le visiteur verra surtout un souvenir des des sculptures et des installations spectaculaires. Exemple monu- émeutes des banlieues françaises de 2005. Et dans Chrysalide, ça mental de vingt-sept mètres de long réunissant trois carlingues tient à trois fils, où l’artiste détricote le vêtement d’une femme d’avions reliées par de longs boyaux gonflés d’air, Telle mère tel fils maghrébine jusqu’à la dénuder totalement, une dimension poli- sera présenté dans le Forum. tique. Mais, si les références politiques, historiques et religieuses sont bien réelles, elles sont insuffisantes, selon Philippe-Alain Exposer les oeuvres d’Adel Abdessemed n’est donc pas simple. Michaud, pour décrire ce travail et comprendre une œuvre qui Et la difficulté tient tout autant aux raisons culturelles ou idéolo- s’enracine dans l’histoire de l’art. giques qu’aux éléments techniques. Présenté à l’Art Institute de San Francisco, Don’t trust me a fait scandale. Cette série de vidéos Isolé sur la scène contemporaine, Adel Abdessemed se recon- montre en effet des animaux destinés à l’abattoir mais exécutés en naît des maîtres dans l’histoire de l’art ancienne. extérieur, en pleine lumière. Le fait d’exposer ces vidéos dans un La toile intitulée Who’s afraid of the big bad wolf ? est composée au Centre: espace public produit une déflagration et, on le comprend, peut d’animaux empaillés et brûlés dont les gueules sortent du panneau. choquer. Philippe-Alain Michaud, le commissaire de l’exposition, Elle renvoie à Guernica de Picasso par ses dimensions et par l’idée le reconnaît: « Cette pièce, qui ne sera pas montrée ici, est violente, du massacre. Mais aussi à certains sarcophages romains dont les 10 pénible; mais elle donne à voir quelque chose qui est violent et reliefs sculptés dessinent l’enchevêtrement des corps de soldats pénible dans la culture occidentale. » Car Adel Abdessemed inter- mourants. La fable animalière d’Abdessemed recouvre ainsi Picasso roge le rapport des communautés à l’animalité: de l’abattage rituel, et, plus loin encore dans l’histoire de l’art, la sculpture romaine. sacrificiel des sociétés islamiques à celui refoulé des société occi- Elle est à double fond. dentales. Une vidéo, Usine, met également en scène des animaux. Elle montre dans une même arène des chiens et des coqs de combat, La production des oeuvres, elle-même, n’est pas simple. Mais des animaux venimeux, des serpents, des araignées. Les animaux Adel Abdessemed est un grand négociateur. Avec un pouvoir de s’ignorent pour la plupart, mais leur coexistence crée une tension, conviction invraisemblable, il arrive à persuader un imam de jouer sécrète la violence. Ce grouillement entre en résonance avec la de la flûte complètement nu, réactivant la figure du dieu Pan; ou grande tradition du maniérisme. Avec les assiettes de Bernard encore à convaincre des couples de venir dans une galerie d’art et Palissy par exemple, qui fourmillent de reptiles ou de poissons. de faire l’amour devant des visiteurs! Courtesy de l’artiste et David Zwirner, New York, Londres Musée du Louvre © RMN Plat de Bernard Palissy Usine, 2008 - Projection vidéo


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