Page 21

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

© Photos : Anne Franski Chab Nasro Bachir Saifi être Sourd A-t-elle maintenant toute sa place dans l’enseignement? La médecine et la technique font des progrès mais en France, encore peu nombreuses, on ne l’utilise pas en classe, alors que c’est implantent proscrivent la langue des signes. Donc l’implant dossier:21la politique autour de l’implant est aberrante puisque les gens quiest pourtant obligatoire, défend totalement la langue des signes carEn dehors de quelques expérimentations d’écoles bilingues,Dans les écoles d’entendants qui accueillent quelques enfants la seule manière pour l’enfant d’entrer dans le sens. devient un élément langagier. La Suède, au contraire, où l’implant sourds, lorsqu’on propose des ateliers de langue des signes, tous les le regard sur l’implant n’y est pas du tout le même: l’implant ne parents d’élèves entendants disent oui, car ils y voient l’occasion doit pas permettre à l’enfant d’acquérir ses savoirs scolaires, il sert pour leurs enfants d’apprendre une deuxième langue, d’acquérir à entendre, il est sensoriel et non langagier. un développement moteur exceptionnel, de pouvoir s’exprimer, dire des choses subtiles, avec leur corps. Mais chez les parents Mais un sourd qui ne connaîtrait que la langue des signes se coupe- d’enfants sourds, la réponse majoritaire est: non, surtout pas de rait de l’immense majorité des entendants. Quelle solution prônez- langue des signes! On marche sur la tête: la langue des signes, c’est vous? bon pour les entendants, pas pour les sourds! Les parents d’enfants L’éducation bilingue dans sa version authentique, c’est-à-dire sourds ont peur qu’elle ne retarde l’apprentissage du français oral que l’enseignement se fait en langue des signes et que celle-ci per- et écrit. Or toutes les évaluations montrent qu’elle favorise l’accès met d’accéder au français écrit La langue des signes est la langue au français écrit, que c’est une base sur laquelle on peut construire. de l’identité et la langue écrite celle de la communication avec le monde des entendants. C’est le modèle de l’abbé de l’Épée. Pourquoi beaucoup de sourds sont-ils illettrés? Parce qu’ils ont grandi dans l’oralisme, qui donne la priorité à Les sourds qui signent sont-ils une minorité linguistique comme la parole. Or la parole est très difficile à acquérir pour un enfant les autres? sourd. On fonde encore toute une éducation sur une réussite qui ne Une minorité linguistique oui, mais pas tout à fait comme les vaut que pour une petite minorité. On institutionnalise l’échec, le autres. En effet, les autres langues se transmettent de manière retard, puisque c’est seulement sur cette parole très tardive de l’en- héréditaire alors que 95 % des sourds ont des parents entendants. fant sourd qu’on commence à greffer de l’écrit, en ignorant com- D’autre part, il y a dans la possibilité d’utiliser le canal visuo- plètement la langue des signes. gestuel des liens profonds avec la perception et l’action, alors qu’acquérir une langue vocale c’est désolidariser tous nos savoirs Il faudrait que les sourds l’apprennent le plus tôt possible? perceptifs et pratiques de l’apprentissage de la langue. Quand un Oui, le plus tôt est le mieux. Quand les parents sont sourds, ils petit enfant sourd commence à acquérir la langue des signes – vers savent comment communiquer avec leur enfant mais un parent l’âge de sept à neuf mois – comme l’enfant entendant, il a déjà des entendant, qui était totalement spontané et prêt à faire des gestes, savoirs extra-linguistiques. Par exemple il sait que pour prendre dès qu’on lui apprend la surdité de son enfant, ne sait plus com- quelque chose il faut fermer le poing, qu’on ne prend pas une chose ment s’y prendre. De plus, la personne qui le lui annonce est géné- ronde de la même manière qu’une chose fine, etc. Ces expériences ralement un médecin qui, très souvent, a une certaine hostilité vis- sensorielles ne serviront pas directement à l’enfant entendant pour à-vis de la langue des signes. En effet, on entend encore souvent ce apprendre à parler. L’enfant sourd, au contraire va les exfolier dans discours selon lequel des enfants nés sourds seraient des malades: du langage. il faut réparer, éradiquer la surdité, etc. Propos recueillis par Véronique Denizot, Catherine Geoffroy et Monique Laroze, Bpi suite du dossier


De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012
To see the actual publication please follow the link above