De sons et d'os

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

DE SONS sourdes partagent une expérience bruit, d’autres non. Quelle est donc cetteCertains sont munis de casques anti-L’espace d’un moment, des personnes ET D’OS handicap leur a fait oublier. Les ateliers collent leurs tempes ou leur menton? Noussommes dans la crypte du Panthéon, et nousparvient l’écho discret d’une forêt de sons, d’unsonore avec des entendants. Des malen-table sur laquelle une quinzaine de personnestendants retrouvent des sons que leur « Écouter autrement », conçus par la ruissellement électroacoustique. Mais où est compositrice Pascale Criton, fédèrent la source? Aucune enceinte en vue. Le ruis- depuis 2010 différents publics autour sellement émane de là, de cette grande table de l’écoute solidienne (écoute par le en bois, cablée à une console derrière laquelle toucher). un ingénieur du son oriente les canaux. Autour de la table, une personne exécute quelques gestes sur une palette graphique, immédiatement retranscrite en figures sonores que les autres participants com- mentent d’un sourire ou d’un regard. Le aujourd’hui sur une sorte de chant de cétacé. être Sourd choix de sons disponibles est vaste; il s’est porté Pascale Criton, compositrice issue du spec- aux questions de perception, dirige l’atelier. dossier:, et donc depuis toujours intéressée1tralisme Elle propose ensuite à chacun des participants 23 d’écouter différentes sources sonores, pré-enre- gistrées ou réalisées en direct (sons concrets, lecture de textes), sur les « stations d’écoute », sortes de tiges en métal conduisant les sons par vibration solidienne. Aucun son n’est alors perceptible à l’oreille, par « voie aérienne », aucune particule d’air ne vibre: ce qu’on entend est conduit par les os, en contact indirect avec le métal. Un simple déplacement de la zone de contact modifie considérablement « l’espace » sonore, qui est alors un espace exclusivement intérieur, une sorte de corps-cathédrale. © Pascale Criton Ce que nous apprend cette expérience, c’est que la perception quotidienne de sons musicaux ou « naturels », se conformant au modèle visuel, affleure à la surface d’un océan confus de sons que le corps perçoit en continu. Comment cet océan baigne-t-il des Écoute solidienne personnes valides, d’autres sourdes de nais- sance, malentendantes – ou tout bébé humain avant ses huit mois de gestation? Loin d’être silencieux, le « monde des sourds » serait-il au contraire rempli de sons? L’acuité audi- tive ne s’accompagne-t-elle pas, chez les entendants, d’une sélection des sons les ren- dant « sourds » à cette rumeur? L’écoute par le toucher, rendue possible par ce dispo- Pour en savoir plus: sitif, permet d’approcher l’expérience sous- www.pascalecriton.com jacente à ces questions. Claude-Marin Herbert, Bpi 1 tion musicale reposant sur l’analyse et la décom- Fin duLe spectralisme est un courant de la composi- position de chaque son selon son spectre sonore. dossier


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