Lire, écouter, voir : Europe, la crise ?

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

voir urope: la crise? €UROPE: LA CRISE? € lire, écouter, voir: En 2008 éclatait aux États-Unis la crise des subprimes (prêts hypothécaires à risque), qui devait entraîner dans les pays occidentaux une crise de l’endettement privé, 24 mettant à mal le système bancaire. Pour sauver les banques, les États ont considérablement augmenté leur dette et depuis se sont succédé des crises en chaîne: crise immo- bilière, crise financière, crise bancaire, crise budgétaire, aujourd’hui crise de l'euro… Et demain: crise de l’Europe? En juin dernier, deux économistes, Philippe Askénazy et Augustin Landier ont accepté de nous livrer leurs analyses sur la crise des dettes souveraines de la zone euro et sur les moyens d’en sortir. 1) Le premier objectif de la politique économique de l’Union européenne doit-il être de réduire la dette publique ? Augustin Landier: Philippe Askenazy: Il existe une distribution des rôles entre d’une part les poli- Présenter la réduction de la dette et des déficits publics comme tiques, qui ont tendance à aller dans le sens d’intérêts à court une priorité relève essentiellement de l’idéologie. Celle-ci repose terme puisqu’ils visent à être réélus, et d’autre part les institu- sur l’acceptation du fait que la politique économique doit être tions européennes, qui cherchent à imposer une vision à plus décidée au nom des marchés, et non par les citoyens à travers leurs long terme. institutions. Le problème de l’endettement des États ne vient pas d’une seule Aujourd’hui, on se trouve face à une alternative. Première option: et même cause. Dans certains pays, comme l’Espagne ou la réduction des déséquilibres budgétaires grâce aux efforts des l’Irlande, la crise est bancaire: les États se portent garants des États européens dits « faibles », les plus fragilisés par leurs sec- dépôts des citoyens dans les banques, donc quand celles-ci sont teurs privés. Ce choix peut entraîner une généralisation de la tra- en difficulté, mécaniquement la dette des États augmente consi- jectoire grecque: récession, puis dépression. dérablement. Dans d’autres pays, comme en France, le pro- L’autre option, politiquement plus difficile mais socialement plus blème ne vient pas d’une bulle quelconque mais des dépenses viable, consiste à rompre la dépendance européenne vis-à-vis des de fonctionnement de l’État et de perspectives de croissance marchés. faibles. Dans tous les cas, il faut trouver le moyen de payer l’ad- dition. Une plus forte croissance serait un moyen de le faire, mais il n’y a pas de recette miracle. Il faut donc s’engager à bais- ser les dépenses futures de manière intelligente: concrètement il vaut mieux reculer l’âge de la retraite que fermer les écoles...


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