Hé ! N'oublie pas la Syrie

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

Hala Alabdalla en quelques films HÉ ! N’OUBLIE vers sa tombe, 2006Je suis celle qui porte les fleurs• (consultable à la Bpi) PAS LA SYRIE • Yolla, un retour vers soi, 2008, 2008Hé ! N’oublie pas le cumin• • Comme si nous attrapions un cobra, 2012 Hala Alabdalla vit en France depuis trente ans. Elle a travaillé avec les plus grands Hala Alabdalla travaille avec cinéastes syriens avant de réaliser ses pro- l’association SouriaHouria.com pres documentaires. Très engagée aux côtés de son peuple contre le régime de Bachar Al-Assad, elle nous a livré en juin Je suis celle qui porte les fleurs vers sa tombe dernier ses réflexions sur les enjeux du de Hala Alabdalla et Ammar Albeik, 2006 cinéma, singulièrement dans le contexte de la révolte syrienne et de sa très violente répression. Se retrouver L’année où j’ai eu cinquante ans, je me Syrie venez! suis dit :« il faut que je m’occupe un peu de moi-même en tant que cinéaste » et j’ai décidé 31 de faire Je suis celle qui porte les fleurs vers sa tombe. J’ai toujours eu un rapport en continu avec mon pays. Je n’ai jamais arrêté de faire l’aller-retour. Mes films, c’était impossible de les faire ailleurs. Pour ce premier film, ce n’était pas seulement un retour physique, c'était un retour vers moi-même. Faire un documen- taire sincère, on peut dire intime, c’est un outil pour aller vers le passé, vers les souvenirs. © Hala Alabdalla C’est un outil qui aide à oser, à dire à haute voix ce qu’on pense et à crier. Filmer le réel Je défends la liberté d’écriture dans le documentaire : il faut suivre la réalité. Le temps pour fabriquer un film est souvent long. On ne peut pas faire semblant d’être dans une La Syrie aujourd’hui boîte fermée sans tenir compte de ce qui se Pendant quarante ans, en Syrie, il n’y L’humour malgré la terreur, malgré la passe autour. Je suis pour donner l’espace du avait que des films de propagande et deux mort, c’est une qualité qu’on découvre au film à la réalité. Le projet de mon dernier film, chaînes de télévision nationales. Mais peuple syrien. On n’arrête pas de voir des Comme si nous attrapions un cobra, a beau- aujourd’hui, on voit des films qui se font dans petites vidéos où les jeunes sous les décom- coup changé. Il y a eu la révolution et le film l’urgence, sous les bombardements. On a bres sont en train de se moquer de cet espace a suivi tous ces changements. compris qu’on peut faire un film, un beau surréaliste où ils vivent et où il n’y a plus rien. Pour moi la présence d’une femme c’est documentaire quand on en a besoin. Un docu- Comme le dit dans mon dernier film Ali toujours comme une conscience. Les femmes, mentaire, pour moi, c’est vraiment une arme. Ferzat, un dessinateur qui a eu les doigts surtout chez nous, ont une voix très riche. Et dans des pays comme le nôtre, c’est indis- cassés : « L’humour, c’est une arme, un moyen Dans mon dernier film, la journaliste Samar pensable. de résistance très fort ». Yazbek est là, presque comme mon œil, ma Plusieurs fois, parce que c’était impos- voix intérieure. Depuis, cette militante des sible d’obtenir une autorisation, j’ai pris le Propos recueillis par Véronique droits de l’homme, menacée de mort, a été risque de faire des ateliers clandestins d’écri- Denizot et Marie-Hélène Gatto, Bpi obligée de quitter la Syrie ; elle a publié Feux ture avec de jeunes Syriens. On n’était pas en Croisés, son journal de la révolution accom- train de fabriquer des armes, c’était entière- pagné de témoignages. ment pacifique, mais dans la clandestinité. Fin


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