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De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

trafic de stéréotypes… le rap: entre business et style Rencontre TRAFIC Petite SalleSex Sells. Blackness too?Lundi 26 novembre - 19 h DE STÉRÉOTYPES… BUSINESS ET STYLE Photo Katherine Wetzel © VMFA  LE RAP: ENTRE venez! 32 Le rappeur Kehinde Wiley posant en « Les accusations sont graves mais Nous parlons volontairement d’industrie Willem van Heythuysen, d’après le comme d’hab on fait avec, c’est vrai qu’on afin de souligner la dimension marchande de tableau peint par Frans Hals en 1625 est trop hard, et puis notre art est de cette musique, qui génère aujourd’hui des vous vexer.» Par ces paroles, milliards de dollars de bénéfices aux États- Mais la collusion des labels de rap avec Youssoupha – figure de proue de la scène Unis. La complexité que nous voulons sou- les logiques commerciales a rendu ce message rap actuelle – entendait répondre à Éric ligner ici a trait non seulement à une diversité perméable aux contraintes du marché et aux Zemmour, qui avait porté plainte en stylistique, mais aussi au paradoxe qui fait de lois de l’offre et de la demande. Avec la créa- 2009 contre lui pour menaces de mort. cette musique un médium à la fois controversé tion du Nielsen soundscan (baromètre mesu- La chanson sonne comme un plaidoyer et rentable. En effet, pour Chuck D (du groupe rant les ventes d’albums aux États-Unis et contre la mise au pilori du rap, et plus Public Enemy) « le rap est la CNN de la jeu- au Canada) en 1991, les maisons de disques largement de la culture hip hop, dési- nesse du monde entier », alors que pour les sont arrivées à la conclusion que le rap est gnés comme manifestations des dérives firmes dont ces jeunes sont les cibles commer- devenu un marché porteur, et qu’elles ne communautaristes banlieusardes. En ciales, le rap est l’un des meilleurs supports pouvaient en maîtriser l’ensemble du pro- dépit de la diversité des courants, des marketing, qui fait vendre casques audio, cessus de production (artistique et indus- phrasés, des rythmes, des sujets traités baskets, boissons, produits de luxe, etc. trielle) et de distribution. En dépit de sa et des performances (le style de NTM réputation sulfureuse, le gangsta rap – récit n’est, par exemple, en rien comparable Un marché porteur mettant en scène des personnes aux par- à celui de Doc Gynéco), on a tendance Des rappeurs comme Grandmaster Flash, cours crapuleux, pataugeant dans le vice et à représenter la culture hip hop comme Queen Latifah, Big Daddy Kane, etc. ont rétifs à tout ordre établi – allait devenir la véhiculant des images explicites où le construit la légende du rap sur l’expression « tête de gondole » de l’industrie du disque sexe, l’argent, la violence sont monnaie et le partage d’un message relatant l’expérience et le gage d’une authenticité: produced by courante. Ces lieux communs sont des habitants du ghetto. Dès les années 1970, genuine niggers. À l’image de 50 Cent, les devenus aujourd’hui la marque de les textes se voulaient reflets du vécu et du rappeurs endossent et reproduisent les sté- fabrique de l’«industrie du rap». Qu’en combat des Latinos et des Africains-Américains réotypes censés refléter le mode d’être du est-il de cette marginalité tant média- infortunés. Noir, depuis l’esclavage jusqu’à nos jours: tisée et du caractère « rebelle », homme criminel, escroc, débauché, violentAujourd’hui, ce message incarne une « subversif » et « anti-système » censé des Noirs, principalement aux États-Unis. et violeur…certaine authenticité de l’identité marginale constituer l’essence du rap d’hier et d’au- Cette identité passe par la reconquête des Corps virils, femmes lascives jourd’hui? apparats d’une masculinité déniée par la réa- Cette authenticité supposée s’exprime lité sociale (chômage endémique) et historique au travers d’hommes à la virilité débordante (esclavage, lois ségrégationnistes) qui a relégué et obsessionnelle (culte du corps et de tous les les Noirs au statut de parias et de subalternes. symboles phalliques, comme les voitures ou


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