Trafic de stéréotypes...

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

À lire à la Bpi ● Bouyahia, Malek, Freitas, Franck et Ramdani, Karima (éd.), «Sex sells. Blackness Reality, Edinburgh, trafic de stéréotypes… le rap: entre business et style!,FightVolumeChuck D, Yusuf Jah,de domination dans lescultures populaires et post-coloniales», in too ? Stylisation des rapports n° 8-2, Bordeaux, Éditions Seteun, 2012 ● the Power: Rap, Race, and Canongate Books, 2010 ● Hill Collins, Patricia, Black Sexual Politic – African American, gender and the New Racism, New York and London, Routledge, 2004 ● Rose, Tricia, The Hip Hop D. R. Slim Thug Wars: What We Talk About, les armes) et en même temps par la valorisa- Le rap demeure le lieu de monstration de Why It Matters, New York, venez!When We Talk About – and tion d’une féminité lubrique. La mise en scène l’« étrangeté » du Noir dans ce qu’il a de plus Basic Civitas Books, 2008 33 du corps des femmes noires donne l’impres- fascinant et répulsif. Il est ce « monstre » sion d’une reconquête de l’objet du désir. Elle (freak) si attirant, dont la dépravation sus- À écouter aurait pour fonction de symboliser la toute puis- tente les imaginations sans que soient remis ● NAS, Be a Nigger Too, New sance de l’« homme noir » longtemps décrit en cause l’ordre moral et l’intégrité de la York, Def Jam, Universal Music Group (UMG), 2008 comme efféminé, impuissant et incapable de société. Pour autant, cette monstruosité signifie maîtriser la « femme noire ». aussi que les frontières raciales restent pré- Le rap devient dès lors le lieu par excel- gnantes et structurent encore aujourd’hui lence où se déploie une certaine idée de les rapports au sein des sociétés occidentales. l’émancipation, passant par la mise en valeur La marchandisation à grande échelle du corps de l’homme et de la lascivité de celui du rap, sa contribution au renforcement des des femmes. Mais ces dernières, quand bien stéréotypes raciaux et sexistes ne doivent même elles incarnent le fantasme absolu, cependant pas occulter la dimension sub- arrivent parfois à détourner le stigmate qui les versive qui traverse la culture hip hop dans assigne au simple rang d’objet. Ainsi, la rap- son ensemble. Les rappeurs, dans leur diver- peuse Lil Kim revendique le statut de « Queen sité, reflètent une pluralité d’attentes et de goûts. Bitch » afin de parodier et de désamorcer ce Le rap peut être festif (comme celui des Cool stigmate, tout en tirant profit du potentiel Kids) et totalement commercial, tout en gar- commercial de l’hypersexualité des femmes dant un aspect contestataire (à l’instar de tentant de perpétuer l’esprit des pionniers. © Young Money Entertainmentcontinueunderground, doctorant en scienceaihayuoB, une scènekelaMmainstream dans le rap. Lupe Fiasco). Et parallèlement au rap dit à produire loin des exigences du marché, politique (Université de Paris 8) et membre de l’équipe Genre, Travail, Mobilités (GTM) du laboratoire CRESPPA. Playtime Is Over Keivan Djavadzadeh, doctorant en science de Nicki Minaj mixtape politique (Université de Paris 8) et membre du Laboratoire Théories du Politique (LabTop) Franck Freitas, doctorant en science politique (Université de Paris 8) et membre de l’équipe Genre, Travail, Mobilités (GTM) Fin D. R. du laboratoire CRESPPA. La Bella Mafia, Lil Kim


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