Interview : Patrick Zachmann

De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012

Que sont-ils devenus? Portraits documentaires au fil du temps Mois du film documentaire Du 10 au 26 novembre 2012 Cinéma 1 et Cinéma 2 FILME LE TEMPS Patrick Zachmann filme le tempsPlus fort que le reportage-coup-de-poing, que le scoop dusiècle? Le temps qui passe.Des cinéastes ont fait ce pari: retracer la trajectoire de per- PATRICK ZACHMANN sonnes qu’ils avaient filmées dix, vingt, trente ans aupa- interview: ravant. Ce sont des jeunes de banlieue, des enfants des rues du Burundi, un frère et une sœur presque centenaires, une 5 famille de migrants juifs… Autant de vies captées, suivies ou retrouvées, restituées dans leur durée, autant de des- tinées souvent bouleversées, de films bouleversants. Parmi les quinze films de cette programmation: Bar centre des autocars. Nous avons interviewé son réalisateur, Patrick Zachmann. © Patrick Zachmann En 1984, vous animez pendant six mois un stage de photogra- phie avec des jeunes des quartiers nord de Marseille. Vingt ans plus tard, vous décidez de les retrouver et de les filmer. Pourquoi? Ce qui m’a motivé, c’était de voir sur deux décennies l’évolu- Bar centre des autocars tion des banlieues, les quartiers populaires s’enflammer et se dégrader considérablement, la manière dont les médias en parlaient. Ce stage où j’avais suivi des jeunes pendant six mois m’avait Longtemps, ils n’en ont parlé que quand la violence explosait, au beaucoup marqué. C’est assez difficile de pénétrer ce milieu-là lieu de le faire avant et d’essayer de comprendre. – d’autant plus que certains venaient de la cité Bassens, où péné- Et puis il y avait toujours ce même discours sur les jeunes, traient très peu d’«étrangers». J’ai eu la chance d’être accepté, non qu’on voyait se succéder d’une génération à l’autre sans les voir pas en tant que photographe ou journaliste mais en tant que changer, comme s’ils ne grandissaient jamais. Je me suis dit que professeur, éducateur. Petit à petit j’ai gagné leur confiance et j’ai j’avais la chance d’avoir connu des jeunes de seize/dix-sept ans à pu travailler. J’ai compris que pour aller dans des endroits diffi- une date fixe, en 1984. Si j’arrivais à les retrouver vingt-trois ans ciles socialement, il faut avoir un statut social différent. Je leur après, je pourrais alors, avec ce que j’avais gardé d’eux (mes photos, apportais quelque chose, je prenais mais je donnais aussi. Ça m’a les leurs, leurs propos, leurs rêves, leurs difficultés, leur mal-être), beaucoup servi, ça m’a donné une éthique par la suite. C’est de la je pourrais retracer leur itinéraire, et dresser un portrait de jeunes qualité de l’échange humain que va dépendre la qualité des photos. issus de l’immigration qui atteignaient la quarantaine. On parle Au début, j’ai eu peur d’y retourner. Mais j’avais un immense très peu de cette génération de quadras. On ne parle que des jeunes, désir enfoui de reprendre contact avec eux pour voir si cet échange de leurs grands frères, parents ou grands-parents. était bien réel ou s’il reposait sur de l’artificiel, du faux. suite du dossiersuite


De Ligne en ligne n°9 - Septembre à décembre 2012
To see the actual publication please follow the link above