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Appartient au dossier : Des plantes intelligentes ?

Des plantes intelligentes ? L’arabette des dames

L’arabette des dames possède le sens de la famille. Lorsqu’elle pousse aux côtés de parentes, elle prend soin de laisser de l’espace et de ne pas entraver leur accès à la lumière, précautions qu’elle ne prend pas pour d’autres végétaux. Cette faculté de reconnaître ses congénères résulte-t-elle d’une forme d’intelligence végétale ? Parler d’intelligence pour une plante, qui ne dispose ni d’un cerveau ni d’un réseau de neurones, est probablement un abus de langage. Cela permet cependant d’attirer l’attention sur les formidables capacités des plantes à réagir et à collaborer. Cela contribue également à changer notre point de vue sur ces formes qui représentent 99 % du vivant de la planète. Balises vous présente les étonnantes propriétés de quelques végétaux.

Retrouvez d’autres articles au sein de notre dossier Qu’en pensent-les plantes ?  qui accompagne le cycle « L’intelligence des plantes » proposé par la Bpi au début de l’année 2020.

Vue de l'arabette, de la fleur aux racines.
Arabette des dames, par Krzysztof Ziarnek, Kenraiz – Own work, [CC BY-SA 3.0]via Species.wikimedia.org

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L’arabette des dames, ou Arabidopsis thaliana, est une plante commune de la famille de la moutarde. Sa base forme une rosace de feuilles et sa fine tige, haute d’une vingtaine de centimètres, porte de petites inflorescences blanches à son extrémité. Cette plante collabore avec les spécimens de son espèce et uniquement avec ceux-ci. Elle leur fait de la place pour partager la luminosité. Mais comment font-elles pour se reconnaître ? Les chercheurs ont établi que les plantes se « voient». L’arabette possède des photorécepteurs. La lumière reçue par ceux-ci diffère selon la forme des feuilles des plantes voisines, permettant ainsi de différencier les plantes. Lorsque les photorécepteurs sont inactivés, les plantes ne reconnaissent plus leurs congénères et se comportent alors en rivales : elles occupent le terrain. 

Ce végétal n’est pas particulièrement original mais son organisme se prête bien aux expériences. Cette plante est commune, petite, auto-fertile et son cycle de reproduction est court, des qualités qui font d’elle l’équivalent du rat de laboratoire dans le domaine des végétaux. C’est la première plante dont le génome a été décodé et de nombreux mutants de l’arabette ont été créés. L’étude de l’arabette a fait beaucoup avancer la connaissance des plantes. Elle a permis d’observer de nombreux comportements que l’on a pu vérifier sur d’autres plantes. Ainsi, il a été prouvé que l’arabette réagissait au son des chenilles en produisant une substance de défense, comme l’acacia ou le tabac. Elle est également sensible aux variations du champ magnétique qui stimule ou inhibe la floraison.

En 2013, les expériences menées par une équipe de l’université de Lausanne ont permis de découvrir trois gènes de l’arabette impliqués dans le processus électrophysiologique qui permet à celle-ci de transmettre l’information du danger, de déclencher la réaction chimique de défense et de la propager dans la totalité de la plante. Il y aurait de nombreuses similitudes entre l’activité électrique des plantes et le système nerveux des animaux, mais cette comparaison divise les scientifiques. Certains experts estiment que cette analyse est le fruit d’une surinterprétation et que les réactions des plantes sont propres à leur constitution végétale.

Publié le 28/01/2020 - CC BY-SA 3.0 FR