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Analyse

La France des inégalités

Une sélection de cinq ressources pour mieux comprendre la montée des inégalités au sein de la société française.
Le thème du 1% des plus riches du monde qui possède plus que le reste de la planète fait aujourd’hui l’actualité et les fractures sociales ne peuvent plus être ignorées. Après une période d’indifférence, la question des inégalités gagne enfin depuis quelques années le débat public. Mouvements, réflexions d'intellectuels et remises en cause y compris de la part des dirigeants et économistes se font plus nombreux. De plus en plus de données de référence sont publiées, véritables outils de réflexion pour aborder cette question. Cette urgence sociale sera-elle entendue par la classe politique ?

Deux livres récents, Le Crépuscule de la France d’en haut du géographe Christophe Guilluy et La Spirale du déclassement du sociologue Louis Chauvel décrivent une société française en train de s’enfoncer avec un risque accru pour la cohésion sociale et la démocratie.
Dans le premier ouvrage, l’auteur montre que la mondialisation a exclu les classes populaires et les a poussées en dehors des métropoles créant un monde inégalitaire sous tension et une bourgeoisie retranchée dans les villes.
Dans le second, le déclassement est analysé comme emportant les classes populaires, moyennes et la jeunesse au profit des plus âgés et des riches.

Un décrochage inédit de la "France d’en bas" et des écarts entre riches et pauvres de plus en plus grands

Si la France n’a pas connu une explosion des inégalités aussi forte que dans d’autres pays (des années 1980 à aujourd’hui, la part du revenu total bénéficiant au 1% les plus riches est passée de 7,5% à environ 8% en France contre 8% à 18% aux États-Unis), la société française n’en reste pas moins très fragilisée. Du jamais vu depuis les années 70, la France des plus pauvres s’appauvrit et on assiste à un réel décrochage de la "France d’en bas". 

Des écarts extrêmes inquiétants s’installent : diminution du pouvoir d’achat pour les plus pauvres, déclassement résidentiel du fait d’un retour au patrimoine qui ne profite qu’à ceux qui ont déjà du patrimoine, régression et déclassement des classes moyennes, grande difficulté d’insertion pour les plus jeunes, perte du CDI pour les plus âgés…
Pour beaucoup de Français, il s’agit moins de prendre l’ascenseur social que de lutter contre la chute dans la pauvreté.

Les inégalités en chiffres 

Le Rapport édité par l’Observatoire des inégalités en 2015 fournit des données précieuses sur la situation sociale française et ses évolutions. Il aborde de nombreux domaines dont sont extraits les quelques chiffres suivants :

  • Entre 2002 et 2012, le niveau de vie moyen annuel des 10% les plus pauvres a baissé de 6,2% soit une perte de 541 euros. A l’opposé, celui des 10% les plus riches a connu une nette augmentation de 11,8% soit un gain de 6 000 euros. Les plus aisés touchent maintenant 7,2 fois plus que les plus modestes.
  • Les 10% des salariés les moins bien rémunérés touchent moins de 1142 euros, contre 3317 pour les 10% des plus hauts salaires. Tout en haut de l’échelle, les 1% les mieux rémunérés perçoivent au minimum un salaire de 7654 euros soit 6,7 fois plus élevé que le salaire maximum des 10% les moins bien payés. Les inégalités de salaires sont plus élevées chez les hommes que chez les femmes. Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1110 années de Smic selon les données de Proxinvest dans son 15e rapport “La Rémunération des Dirigeants des sociétés du SBF 120” (novembre 2013)
  • Les 10% des ménages les plus fortunés disposent de près de la moitié de l’ensemble des richesses du pays, les 50% les moins fortunés 7%. Ces inégalités du patrimoine s’accentuent de façon exponentielle en raison de la hausse des écarts de revenus et de celle du prix de l’immobilier.
  • Si l’école s’est démocratisée, les chances de réussite ne sont pas les mêmes selon les milieux sociaux. 90% des enfants d’enseignants entrés en sixième en 1995 ont obtenu leur bac environ sept années plus tard, contre 40,7% des enfants d’ouvriers non qualifiés, selon le Ministère de l’éducation nationale. Parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac en 2012, 31% l’ont eu dans une filière générale, 23% en technologique et 46% en professionnel contre respectivement ¾ des enfants de cadres supérieurs en général, 14% et 10%. Et en matière de retard scolaire, c’est le grand écart entre milieux sociaux.
  • Le poids des dépenses de logement rapportées au revenu est d’autant plus important que le revenu des ménages est bas, même une fois les allocations prises en compte.
  • Si 94,4% des Français disposent d’une assurance-maladie complémentaire, 2% des plus aisés ne sont pas couverts contre 11% des ménages les plus modestes. Par ailleurs, si le système de soins français est l’un des meilleurs au monde avec la CMU notamment, 5% de la population n’est pourtant toujours pas protégée.
  • Même si la fracture numérique se réduit, un cinquième de la population n’a toujours pas accès à internet selon les données 2013 du Crédoc et le taux atteint 40% chez les plus démunis ou les personnes âgées. Chez les cadres supérieurs et les jeunes, l’accès est généralisé avec un taux qui dépasse les 90%.
 
Pour aller plus loin, consultez les sites proposés ci-dessous et plongez-vous dans les ouvrages présents dans la bibliographie en lien (cliquez sur le PDF).
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