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Créateurs de jardins

Une floraison d’expositions sur la thématique des jardins ces derniers temps invite aux balades buissonnières : de Jardins au Grand Palais au Jardin infini au Centre Pompidou-Metz en passant par les Incroyables jardins proposés par le réseau des bibliothèques de la ville de Paris cet été et le Jardin monde  du plasticien et paysagiste Bernard Lassus installé sur les terrasses du Centre Pompidou. À cette occasion, nous vous proposons une sélection d'ouvrages pour découvrir le travail des grands noms du jardinage. 
Peinture de jardin de la Villa Livia
Peinture de jardin de la Villa Livia - Rome - Ie siècle avt J.-C.

Le jardin est dans sa définition originelle un enclos, l’hortus conclusus médiéval, une entité découpée dans le territoire rural ou urbain. Il est opposé au paysage ouvert, à une nature qui peut paraître menaçante ou envahissante pour l’homme. Dans un jardin, la nature est maîtrisée et ordonnée par l’homme : le jardin est forcément artificiel. Différent du paysage qui s’inscrit dans le temps long et dans l’espace, le jardin est dans le temps court, soumis aux saisons et à un espace délimité : on peut en faire le tour du propriétaire. Pourtant aujourd’hui le jardinier et le paysagiste tendent à se confondre.
 
“Il faut cultiver notre jardin”,  ainsi se termine le Candide de Voltaire, nous invitant à nous emparer de sa richesse polysémique : l’image du jardin pour signifier qu’il faut cultiver non seulement notre richesse intérieure mais aussi celle de la planète. Sous la plume de Voltaire, l’adjectif possessif « notre » désigne le monde que nous partageons. Un monde pluriel prenant les formes que lui donne l’action humaine. En somme, « notre jardin » n’est pas le lieu d’intérêts privés où chacun pourrait s’échapper du réel ; « notre jardin », c’est ce lopin de terre inscrit dans un sol, en soi ou dans le collectif, où l’on cultive les vertus culturelles, éthiques et civiques qui sauvent la réalité de ses pires pulsions. La rêverie d’Italo Calvino dans Palomar nous rappelle que si l’on peut contempler la totalité du monde dans un jardin, c’est justement parce qu’il est une parcelle du monde, non pas une image abstraite mais une réalité concrète et tangible, ancrée dans la matière et dans le temps, un temps spécifique : celui du vivant, de ses fragilités et de ses métamorphoses. C’est le message repris par le philosophe Michel Foucault “Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde” ou plus récemment dans “le jardin planétaire” du jardinier-paysagiste Gilles Clément. Ce dernier nous rappelle que jardiner est une manière responsable d’être au monde. Notre époque doit réinventer une relation au lieu, lui retrouver un sens. C’est ce qu’il appelle aussi “le jardin en mouvement” qui redonne sa place à la friche et au sauvage, bien loin du jardin français ordonné d’André Le Nôtre.

Jardiniers, paysagistes, artistes d’aujourd’hui imaginent la terre comme un jardin planétaire qui a ses limites, un enclos au sein duquel l’homme doit agir en jardinier responsable.
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