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Le métier de mangaka

Le métier de mangaka, c’est-à-dire d’auteur de mangas, est bien différent de celui de dessinateur de bande-dessinées tel qu’on le connaît en Europe, pour des raisons qui tiennent d’abord au rythme frénétique imposé par les magazines de prépublication : il s’agit souvent de produire une trentaine de pages par semaine, voire même plus lorsqu’un auteur réalise plusieurs séries de front !
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Mangaka par saigoncine, (CC BY-NC 2.0), Flickr

Le métier de Mangaka

Pour produire un tel quota de pages, il est presque indispensable de recruter des assistants chargés de dessiner les décors, d’appliquer des trames ou de noircir des à-plats. Toute cette équipe est étroitement encadrée par un « rédacteur » - il s’agit en fait d’un intermédiaire entre le dessinateur et sa maison d’édition, chargé de s’assurer qu’il respecte ses délais de livraison et suit une ligne éditoriale adéquate. 
Ces conditions de travail sont épuisantes. Le surmenage et les dépressions sont fréquents chez les dessinateurs. Des auteurs très connus, comme Naoki Urasawa ( Monster, 20th Century Boys) ou Takehiko Inoue ( Vagabond, Real) ont même été contraints de ralentir leur rythme de publication suite à des accidents musculaires. Toutefois, le jeu peut en valoir la chandelle : un manga à succès est rapidement adapté en dessin-animé ou en jeu vidéo. Son auteur peut y gagner une plus grande autonomie, une certaine gloire et beaucoup d’argent. On a ainsi coutume de dire que Rumiko Takahasi, l’auteur de Ranma1/2 et de Lamu, est la femme la plus riche du Japon.

Comment devient-on mangaka ?

Pour dénicher de nouveaux talents, les maisons d’édition organisent régulièrement des concours, comme le Morning International Comic Competition (MICC). Il existe également des écoles de mangas. Après avoir acquis un certain niveau technique, les jeunes artistes débutent souvent comme assistants. Des autodidactes talentueux préfèrent parfois diffuser eux-mêmes leurs œuvres, souvent fortement inspirées de séries existantes (c’est ce qu’on appelle des Doujinshi). Certains mangakas reconnus ont fait leur début de cette manière, comme les membres du studio CLAMP.

La technique de dessin

Ubunchu, Hiroshi Seo, CC by NC


Un manga se distingue physiquement par sa taille, son sens de lecture de droite à gauche, par la prédominance du noir et blanc et surtout par un nombre de planches beaucoup plus important que dans une bande dessinée occidentale. Mais le manga diffère aussi de par sa grammaire narrative, c'est-à-dire par les techniques employées pour faire vivre le récit.  Un manga doit se lire rapidement et dans ce but, les mangakas ont recours à de nombreux codes graphiques.


 

Un trait simple

Si à l’origine, les auteurs usent d’un trait simple, c’est surtout en raison de contraintes techniques inhérentes au choix d’un papier de basse qualité (beaucoup de pages pour un prix le plus modique possible) et aux procédés d’impression utilisés auparavant et nécessitant un dessin sobre. 
L’avantage d’un trait réduit à son strict minimum, est l’immersion instantanée du lecteur dans le dessin. 
Techniquement, cela permet aussi de produire un plus grand nombre de planches. En effet, au Japon, le rythme de parution est plus élevé et le nombre de planches demandé aux auteurs beaucoup plus conséquent.
 

Des codes graphiques

Autour d’un trait à première vue simple, les auteurs déploient des procédés afin de faire vivre le récit. Il faut toujours garder en tête qu’à la différence de l’école franco-belge, le dessin est au service du récit.

De grands yeux

Ubunchu, Hiroshi Seo, CC by NC
Le recours aux grands yeux par exemple, est un des procédés employés. Il permet de rendre les visages beaucoup plus expressifs et d’élargir la gamme des émotions que les auteurs souhaitent leur faire exprimer.
 

Un décor épuré

 

Ubunchu, Hiroshi Seo, CC by NC


Autre technique : le décor dans lequel évoluent les personnages est souvent stylisé ou remplacé par une trame. 

Pourtant à certains moment ce même décor pourra être dessiné de manière très minutieuse lors de sa mise en place, par exemple afin de situer les personnages dans leur environnement ou au cours du récit pour apporter une respiration.

Des cadrages cinématographiques

 

Ubunchu, Hiroshi Seo, CC by NC



Le découpage d’un manga s’inspire beaucoup du cinéma dans le but de donner une dynamique au récit. Ceci est d’autant plus vrai que les auteurs n’hésitent pas à multiplier les angles de vue sur une même action. Ce qui, paradoxalement en la décomposant, provoque un effet de ralenti qui en amplifie la puissance. L’usage des hachures est utile pour donner une sensation de vitesse ou amplifier les gestes des personnages. De même, l’usage de différents cadrages comme le recours au gros plan, à l’insert, le nom respect des limites de la case, sa déformation contribuent au rythme du récit.

 

La rupture de style

Autre particularité la rupture du style du dessin au cours d’un récit. Il arrive que sur une case ou plusieurs, un personnage soit représenté déformé et avec des traits grossiers. C’est une technique utilisée pour signifier un changement de registre notamment lorsque l’auteur veut introduire un effet comique.


Les onomatopées

Enfin, un travail conséquent est réalisé pour simuler des sons et des mouvements par le biais des onomatopées dont le registre est beaucoup plus étendu que dans la bande dessinée occidentale. L’expression du son est fondamentale. Elle participe de toutes les techniques employées pour apporter de la fluidité au récit et favoriser l’immersion du lecteur dans le manga.

Ubunchu, Hiroshi Seo, CC by NC
 
 
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