Les masques : petit aperçu historique et anthropologique

Du 10 février au 30 mars, le Service Civilisations, sciences et sociétés vous propose une sélection de documents et une bibliographie consacrées à l’histoire du masque, des rituels religieux antiques jusqu’aux crises sanitaires actuelles.

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A l’heure actuelle, la pandémie nous oblige à porter un masque. Simple objet en coton ou masque jetable, il cache une partie de notre visage. Or le masque est très utilisé dans le monde asiatique en cas de crises sanitaires. Simple réflexe ou habitude ancrée dans la culture asiatique ? Qu’en est-il sur le plan historique ? Le masque se retrouve sur tous les continents que ce soit pour des festivités (Halloween, Mardi gras), ou encore pour des fonctions précises liées aux religions (relique funéraire, chamanisme, rituels). 

Masque et religion (rituels)

Le masque utilisé lors des cérémonies rituelles sert non seulement à cacher le visage, mais aussi à représenter un autre être, “moyen de transmission de quelque chose qui nous dépasse”, écrivait l’auteur malien Amadou Hampâté Ba (1901-1991). Le continent africain est le continent des masques par excellence. Les formes des masques africains sont variées : masques à forme animale (zoomorphes). Ou encore, masques à figure humaine (anthropomorphes). Un troisième type de masque associant les traits humains et traits animaux est appelé « masque anthropozoomorphe ».
A travers les formes que les sculpteurs de masques donnent à la matière (bois, plumes, etc…), c’est l’invisible qui est rendu “visible”.  Car le masque avant son côté “artistique” inventé par l’Occident (musées, collections, etc…) est un “être” qui représente à la fois une divinité et une force de la société humaine ou du clan apparenté. Il s’agit en effet d’aller au-delà des apparences pour appréhender les fonctions qui lui sont assignées. De même qu’en Amérique latine, parmi les anciennes civilisations, la culture mésoaméricaine est connue pour ses masques et costumes fabriqués en matériaux naturels tels que le bois, le papier d’amate (fibres végétales), le tissu et les plumes. Ces masques étaient utilisés dans les représentations théâtrales : ces danses avaient pour effet de se moquer des groupes ethniques voisins. D’autres danses masquées se développent en lien avec des rites religieux : la « semaine sainte », le « jour des morts », ainsi que le carnaval, type de manifestation sociale introduit par les espagnols. 

Fonction esthétique et ludique

Le masque est en lui-même une œuvre d’art en tant que tel. Masque d’appropriation, ouvrant vers une autre réalité : tel était le masque chez les grecs qui organisaient de nombreuses pièces théâtrales (Dionysos, Satyre, etc…). Des représentations picturales nous sont parvenues sur des vases grecs ou sur des objets en terre cuite ou en bronze. Signalons les célèbres masques du Japon (le nô japonais) ou encore en Italie (la commedia dell’arte). En cachant son visage, le porteur s’autorise à jouer un rôle avec un masque différent de sa personnalité lors des carnavals ou bals masqués. 

Crises sanitaires

Au Moyen Age et à l’époque classique, on utilisait en période de peste : des masques en forme de bec d’oiseau contenant des aromates pour se “protéger des miasmes”. En avril 1918, la grippe espagnole fait rage. Les Européens portaient un masque de prévention. En effet, ce petit carré de tissu fut utilisé pour la première fois en Europe en 1897 par le chirurgien français Paul Berger (1845-1908). Par la suite, un jeune médecin chinois Wu Lien-teh (1879-1960) introduit le port du masque en Mandchourie lors de la peste pneumonique. L’anthropologue Frédérick Keck explique que les photographies représentant des soignants chinois masqués ont convaincu les médecins américains d’adopter le port du masque durant la pandémie de grippe espagnole en 1918. Après cette période, la protection des voies aériennes chez l’homme par les masques est malheureusement abandonnée par les soignants en Occident jusque dans les années 1960. Alors qu’en Chine, cet usage reste courant dans la population pour toutes les maladies respiratoires, même les plus bénignes. 

Masques : effet de société ? 

Sur internet, les tutoriels de fabrication des masques en tissu abondent, avec modèles de patron à l’appui. En France, par exemple, des fabricants de cotonnade traditionnelle se sont reconvertis en producteurs de masques de protection. La mode elle-même s’en est emparée : les grandes marques telles que Louis Vuitton customisent les masques. Quelques sociétés se spécialisent en fabrication de masques transparents pour sourds et malentendants qui ont recours à la lecture labiale. Le masque devient donc un objet quotidien qui a progressivement colonisé l’espace public. Pour combien de temps ? Quels sont les effets de ce port du masque obligatoire sur le comportement cognitif des usagers ? Nul ne le sait. Dans « Ethique et infini », le philosophe Emmanuel Levinas rappelle l’importance de distinguer les traits et l’expression du visage, dont chacun a besoin pour établir la communication avec l’autre. Ce visage est essentiel pour accompagner la communication verbale surtout chez l’enfant.  

Venez vite découvrir la sélection d’ouvrages de nos bibliothécaires jusqu’au 30 mars au niveau 2 de la bibliothèque. À travers une bibliographie non exhaustive à télécharger ou consulter en ligne, nous vous proposons également un petit aperçu de l’histoire des masques qui au cours des siècles ont assuré de nombreuses fonctions selon les lieux et les époques.

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Publié le 10/02/2021 - CC BY-SA 4.0